Research trends: Commande à distance à partir de l’intestin

08.06.18

FNR
LIH
Imprimer cet article

Un terme fascine les spécialistes des sciences biomédicales : le microbiome. Mahesh Desai, du LIH, présente les perspectives qu’ouvre la recherche sur cette communauté de bactéries sur et dans l’être humain.

Depuis longtemps déjà, les chercheurs savent que l’intestin héberge des bactéries qui soutiennent le processus de digestion. Cependant, au cours des dernières années, il est devenu de plus en plus évident que les microbes abrités par le corps humain jouent un rôle essentiel pour la santé. Désormais, les pistes se resserrent pour démontrer que les métabolites de ces petits assistants influencent également différents processus au sein du cerveau. Il semble donc logique que ces bactéries puissent agir également sur le cours et peut-être même sur l’apparition des maladies appelées neurodégénératives. « Les chercheurs ont récemment découvert un lien réel entre la composition de la communauté de bactéries que nous hébergeons dans nos intestins et des maladies comme Parkinson, Alzheimer ou l’autisme », affirme le docteur Mahesh Desai, directeur du groupe de recherche sur l’immunologie écologique et le microbiome du département Infection et immunité du Luxembourg Institute of Health (LIH) à Esch-sur-Alzette : « Cette observation va transformer radicalement notre compréhension des maladies neurodégénératives au cours des prochaines années. »

Arrêter l’évolution de maladies grâce aux bactéries de l’organisme

Par le passé, les médecins ont surtout cherché l’origine de l’apparition des troubles neuropathologiques au sein même des cellules nerveuses ou des informations génétiques qui commandent la formation de ces cellules. Selon Mahesh Desai, « les résultats de recherche récents montrent cependant que la composition de la communauté de bactéries qui colonisent les intestins des patients atteints de maladies neurodégénératives est également modifiée. Nous ne savons pas encore exactement quels sont les processus du cerveau affectés par ces bactéries, pourquoi elles agissent de la sorte ni pourquoi certains microbes disparaissent des intestins. Je pense cependant que nous comprendrons de mieux en mieux ces relations de cause à effet au cours des prochaines années et que les chercheurs découvriront ainsi de toutes nouvelles possibilités de stopper les processus nuisibles au sein du cerveau à l’aide de bactéries actives dans l’organisme. »

Il serait ainsi éventuellement possible, grâce à une thérapie ciblée à base de bactéries bénéfiques, de corriger la composition des microbes colonisant les intestins et d’atténuer les symptômes. Par exemple en administrant aux patients des probiotiques, c’est-à-dire des cultures de bactéries vivantes.

« L’orchestre des bactéries doit être au grand complet. »

Dans le même temps, l’alimentation joue un rôle essentiel sur la composition de la communauté de bactéries qui colonisent les intestins. Les études réalisées par Mahesh Desai ont ainsi démontré que les intestins de souris soumises pendant plusieurs semaines à un régime alimentaire peu diversifié et pauvre en fibres hébergent moins de microbes. Parallèlement, Mahesh Desai et son équipe ont observé que certaines bactéries commençaient à attaquer la couche de mucus qui protège les parois internes de l’intestin. Ce mucus empêche les agents pathogènes et autres intrus de pénétrer à l’intérieur des intestins. Il se peut qu’une mauvaise alimentation, par le biais des bactéries propres à l’organisme, soit à l’origine d’une attaque d’autres structures au sein du corps humain et donc de l’apparition de certaines maladies.

Mahesh Desai compte parmi elles les maladies neurodégénératives citées plus haut, de même que les affections du métabolisme comme le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Le chercheur compare le jeu complexe des bactéries à un orchestre qui commande de concert le fonctionnement du corps humain et de ses organes : « un bon concert, sans fausses notes, n’est possible que si l’orchestre est complet et qu’aucun instrument ne joue trop ni fort, ni trop doucement. »

Auteur: FNR

Cet article fait partie de la série "Research trends" sur fnr.lu:

Egalement dans cette rubrique

Matériel de laboratoire contaminé : des chercheurs luxembourgeois remettent en cause le résultat de nombreuses études après un fastidieux travail de détective

20.08.18 Au cours de leur travail de recherche, des chercheurs en biomédecine de l’Université du Luxembourg ont détecté du matériel de laboratoire contaminé. L'objec...> Lire l'article complet

Les « smart devices », sont-ils un bénéfice dans la prévention des maladies ?

16.08.18 La plupart des gens craquent quand ils se trouvent devant le stand de burgers. Seulement environ 10 % de toutes les personnes qui en auraient besoin parvien...> Lire l'article complet

Alimentation et hérédité : Le portrait craché de sa mamie. Elle tient cela de son papi.

09.08.18 Un mode de vie sain pendant la grossesse est important pour l’enfant à naître. Est-il possible que l’alimentation des grands-parents soit un facteur pour la...> Lire l'article complet

Les bonnes choses prennent du temps – et c’est justement ce que les patients n’ont pas !

25.07.18 La protection des données est un thème important, pas seulement sur Internet, mais aussi dans la recherche biomédicale. L'échange et le partage de données m...> Lire l'article complet

Attract : L’excellence de la reAttrect: Dirk Brenner cherche de nouveaux traitements des maladies inflammatoires

06.07.18 Mieux soigner les maladies inflammatoires : l’objectif de Dirk Brenner. > Lire l'article complet

Infobox

À la recherche du bon mélange de bactéries

Au cours des dernières années, les chercheurs ont trouvé de plus en plus de pistes tendant à prouver que certaines espèces de bactérie se retrouvent en plus grande quantité dans les intestins des patients atteints de maladies neurodégénératives comme Alzheimer ou Parkinson, alors que certaines bactéries en sont absentes. En 2016, une équipe internationale de chercheurs rapportait dans le magazine spécialisé « Cell » que des souris élevées dans un environnement stérile, et dont l’organisme n'hébergeait donc aucune bactérie, étaient protégées contre la maladie de Parkinson. Parallèlement, les chercheurs ont montré que les souris se mettaient à présenter les symptômes typiques de la maladie de Parkinson lorsque leurs intestins étaient contaminés par les bactéries intestinales propres à l’organisme d’un patient atteint par cette maladie. Des équipes scientifiques du monde entier travaillent actuellement de manière intensive pour savoir si l’évolution d’une maladie neurologique peut être influencée par une correction ciblée de la composition du microbiome du patient.


Sur le même sujet