État de santé et de conservation des différentes espèces et habitats au Luxembourg

04.01.18

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Le LIST, en collaboration avec le Ministère du Développement Durable et des Infrastructures a présenté les programmes de surveillance de la biodiversité existants ainsi que les efforts à faire en la matière.

La biodiversité représente la diversité biologique, p.ex. nombre d’espèces, diversité génétique d’individus et diversité des communautés. Une grande biodiversité est généralement associée à un écosystème en bonne santé qui sera à la fois mieux armée pour résister aux perturbations et est à l’origine d’énormes ressources et solutions aux enjeux de demain (voir plus bas pour des explications plus détaillées).

Un système de surveillance de la biodiversité donne un aperçu sur l’état de santé et de conservation des différentes espèces et habitats. Les données requis par un tel système peuvent être utilisées pour valider des demandes de construction, des modifications d’infrastructure et bien sûr pour cibler les sites sensibles dans lesquels des efforts de conservation doivent être menés.

Au Luxembourg, un système de surveillance a été coordonnée par le Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST) au cours des dernières années en collaboration avec des acteurs nationaux et européens. 

Alors que pour certaines espèces la situation s’est améliorée au cours des dernières années, suite, notamment, à des mesures de protection des milieux, pour d’autres, la situation s’est détériorée, notamment en raison de l’urbanisation croissante et des pratiques agricoles menant à la perte d’habitats favorables.

L’article ci-dessous contient des exemples concrets d’observations faites pour différentes espèces et habitats ainsi que plus d’informations sur les méthodes utilisées pour la collecte des données. Il inclut également un résumé des efforts à faire pour encore améliorer le système de surveillance au niveau national.

Pourquoi la biodiversité est importante

La biodiversité représente la diversité biologique. Dans sa forme la plus courante elle s’exprime surtout en nombre d’espèces, mais elle peut également être définie à d’autres niveaux depuis la diversité génétique des individus jusqu’à la diversité des communautés.

Une grande diversité biologique est généralement associée à un écosystème en bonne santé dans lequel chacun de ses éléments est exploité de manière optimale (le déchet de l’un est la ressource d’un autre). Ainsi, la diversité biologique améliore la régulation de l’air, de l’eau, la formation des sols ou encore la pollinisation.

De plus, un écosystème diversifié sera beaucoup mieux armé pour résister aux perturbations (notion de résilience écologique). Une surface sur laquelle une seule espèce végétale est cultivée représente une énorme ressource pour qui peut l’exploiter (ravageur), avec très peu de compétiteurs pour être régulé.

La diversité biologique est également à l’origine d’énormes ressources pour l’homme et d’innombrables solutions aux enjeux de demain. Durant des décennies, un papillon de nuit, la fausse teigne de la cire, fut considérée comme un nuisible avant que sa larve ne soit identifiée comme une des solutions à l’accumulation du polyéthylène dans l’environnement 

Enfin, la biodiversité est un patrimoine culturel, qu’il convient de conserver pour les générations futures au même titre qu’une œuvre d’art ou d’un édifice. 

Pourquoi surveiller la biodiversité ?

Certaines données à observer sont imposées par la Commission Européenne, avec notamment les Directives Habitats, Oiseaux et la Directive Cadre sur l’Eau, transposées dans la législation luxembourgeoise, ou bien encore le règlement européen sur les espèces exotiques envahissantes.

Pour d’autres données, leur collecte répond à une initiative nationale destinée à mettre à jour les connaissances sur la biodiversité et à estimer l’impact de certaines mesures de gestion.

Le premier rapport destiné à la Commission européenne, daté de 2007, portait sur la période 2001 à 2006 et comportait un pourcentage important d’espèces et d’habitats dont la situation était inconnue au Luxembourg.

Cette problématique a été comblée par une amélioration de la surveillance des sites mis en route pour la seconde période de rapport (de 2007 à 2012) sous la houlette du Luxembourg Institute of Science and Technology (LIST). C’est en effet sous sa coordination qu’a été mis en place au Luxembourg un système de surveillance.

Comment les données sont-elles collectées ?

Ce système de surveillance se compose de deux principaux volets, une surveillance globale et une surveillance ciblée.

La surveillance globale a pour objectif de suivre un groupe d’espèces données (p. ex. les oiseaux nicheurs et les papillons de jour), sur un échantillon de sites représentant la diversité des paysages du Luxembourg. Ce volet ne se focalise donc pas sur des espèces protégées, ce sont davantage des espèces communes qui sont observées.

La surveillance ciblée se focalise sur les espèces et les habitats d’intérêt communautaires (reprises dans les annexes de la Directive européenne « Habitats »). Le système de surveillance se répartit en plusieurs programmes ciblés : les plantes non-vasculaires (lichens et mousses), les invertébrés, les amphibiens et reptiles, et enfin, les mammifères.

Chaque espèce ou groupe d’espèces fait l’objet d’un protocole d’observation adapté. Le crapaud accoucheur sera par exemple recherché en écoutant chanter les mâles en soirée, la martre et le putois seront observés à l’aide de pièges photographiques, et les lichens seront recherchés sur les falaises rocheuses.

Le suivi des habitats (p. ex. les landes, les pelouses calcaires, les prairies maigres de fauches, les tourbières…) est réalisé dans le cadre du cadastre des biotopes prenant principalement en compte la diversité floristique et la structure d’habitat.

Le principe commun à tous les suivis est de comparer les observations sur les mêmes sites avec un intervalle de temps de 1 à 6 ans en fonction des espèces ou habitats, fournissant ainsi une idée de l’évolution en fonction du temps. Les observations réalisées dans chacun de ces programmes permettent de décrire les changements de notre environnement et servent d’indicateur d’état pour un développement durable.

Les résultats : déclin, apparition et extension d’espèces

Le constat concernant l’état de conservation des différentes espèces est contrasté.

Alors que pour certaines espèces la situation s’est améliorée, suite, notamment, à des mesures de protection des milieux, pour d’autres, la situation s’est détériorée, notamment en raison de l’urbanisation croissante et des pratiques agricoles menant à la perte d’habitats favorables.

Les observateurs impliqués dans les différents suivis sont régulièrement témoins de mesures de gestion non adaptées, comme par exemple certains modes de gestion forestière en présence du dicrane vert, ou l’absence de gestion menant à la perte d’habitat pour le lézard des souches.

Un échange régulier avec l’administration de la nature et des forêts (ANF) permet généralement d’améliorer la situation. Les données d’observations ont récemment été rendues disponibles sur le géoportail de l’ANF et du MDDI, ce qui permet aux gestionnaires d’adapter les actions entreprises sur certains sites et éviter quelques erreurs observées par le passé (p. ex. abattage d’arbres abritant un colonie de hérons cendrés). 

En terme de plantes non-vasculaires, les Cladines (groupe de lichens) recherchées par les observateurs se concentrent notamment dans la région de l’Oesling, et le Coussinet des Bois, mousse se rencontrant dans les plantations d’épicéa, se retrouve surtout dans la région du Gutland.

La Dicrâne verte, mousse que l’on rencontre généralement sur la base des troncs de feuillus, se propage vers le nord du pays. Enfin, une nouvelle espèce de Sphaignes, la Sphagnum angustifolium, a été découverte sur le sol luxembourgeois.

Au niveau des invertébrés, la Sangsue médicinale n’a pu être observée que dans le Gutland, malgré l’existence de nombreux sites favorables sur l’ensemble du pays. Sur les 2 espèces d’écrevisses indigènes, seule subsiste et dans un seul complexe d’étangs, l’Ecrevisse à pattes rouges.

En parallèle, l’Ecrevisse signal, forte consommatrice d’invertébrés aquatiques, est en train de coloniser le Wollefsbaach à Useldange et doit faire l’objet de mesures de contrôle. En effet, l’agrion de Mercure, une espèce de l’annexe II de la directive habitats (= statut de protection élevé), n’est retrouvé qu’en une population à Useldange, population unique au Luxembourg (très isolée de tout autre population connue). L’espèce, même si elle semble bien se porter pour le moment sur base des comptages réalisés à Useldange, est donc très exposée à une disparition. Il faut être très attentif à tout impact négatif potentiel : gestion des berges, qualité de l’eau, pesticides, régime hydrique, prédateurs (dont fait partie l’écrevisse signal)… 

Ainsi, la présence des deux odonates protégées, Agrion de Mercure et Leucchorine à large queue est stable, mais ces espèces restent isolées et vulnérables.

Enfin, pour les papillons, des analyses sont actuellement en cours dans le cadre de l’atlas des papillons de jour du Luxembourg, et des suivis d’abondance ont été initiés dans les aires protégées.

Pour les espèces d’amphibiens et de reptiles, les connaissances de distribution du Crapaud accoucheur et du Triton crêté, ainsi que du Lézard des souches et du Lézard des murailles, ont été élargies. De même, de nouveaux sites pour la Couleuvre, l’Orvet et le Lézard vivipare ont pu être observés.

Quant aux populations de la Rainette arboricole, du Crapaud Calamite et du Sonneur à ventre jaune, celles-ci sont stables et localisées. Autant d’observations qui ont permis de mettre à jour les atlas des amphibiens et des reptiles au Luxembourg.

Enfin, en termes de mammifères, le Chat sauvage est relativement bien réparti au Luxembourg, avec une présence accrue d’individus hybrides dans certaines régions comme l’Alzette supérieure. A l’instar du Chat sauvage, la Martre occupe la plupart des régions du pays, une occupation stable depuis plusieurs années.

Le Putois européen, difficile à observer, a bénéficié d’une intensification des recherches depuis 2017 ce qui a permis d’augmenter le nombre d’observations à l’aide de pièges photographiques. C’est durant les mois de mars-avril et à proximité des points d’eau que le Putois s’observe le plus abondamment.

Le Muscardin, espèce dont la distribution était méconnue avant la mise en place du programme de surveillance, se révèle être présent de manière assez homogène dans l’ensemble du pays, alors que la Loutre d’Europe, n’est plus observée de nos jours au Luxembourg.

Espèces exotiques envahissantes

Une préoccupation récente au niveau européen est la présence et l’extension des espèces exotiques envahissantes telles que le Raton laveur, le Ragondin ou certaines plantes aquatiques. Un nouveau programme dédié vient ainsi d’être lancé. Dans ce programme, l’accent est mis sur la prévention, la détection précoce et l’éradication de ces espèces.

Un système de surveillance national est en cours d’instauration et viendra compléter les systèmes de surveillance déjà en place afin d’optimiser les ressources. De plus, la participation citoyenne est primordiale afin d’augmenter la couverture d’observation et la détection précoce d’espèces exotiques envahissantes. Pour ce faire une application smartphone est en cours de développement par le Musée Nationale d’Histoire Naturelle de Luxembourg,

Prochaines étapes et améliorations

C’est en 2013 que furent exploitées pour la première fois les observations issues du monitoring national de la biodiversité (initié en 2010). L’ensemble des acteurs se préparent désormais à la prochaine échéance.

En 2019, le Luxembourg devra  en effet transmettre, aux autorités européennes, les toutes dernières observations portant sur la période 2013 à 2018.

Afin d’améliorer encore la qualité des données pour la prochaine période d’observations, de 2019 à 2024, plusieurs stratégies sont explorées. Elles incluent :

  • la standardisation des méthodes utilisées grâce, notamment, à la sensibilisation et à la formation du public,
  • l’utilisation accrue de piégeage automatisé, tels que des caméras et enregistreurs sonores, permettant d’augmenter la quantité et la qualité des données,
  • la mutualisation et la validation de données issues de programmes menés par différents acteurs tels que l’Administration de la nature et des forêts, le Ministère du Développement durable et des Infrastructures, l'Administration de la gestion de l'eau, natur&ëmwelt, le Musée National d’Histoire Naturelle, le
  • Syndicat Intercommunal de l'Ouest pour la Conservation de la Nature et le LIST
  • l’inclusion d’autres espèces qui ne font pas encore l’objet d’un suivi ciblé régulier (p. ex. couleuvre coronelle, le sphinx de l’épilobe, l’écaille chinée, certains poissons).
  • l’utilisation d’approches moléculaires pour l’identification d’espèces proches comme chez les grenouilles vertes ou bien encore l’utilisation de l’ADN environnemental, c’est-à-dire prélevé dans l’environnement et non sur les individus.

Auteurs: LIST, Xavier Mestdagh et Jenny Rennaut (LIST)
Éditeur: Michèle Weber (FNR)
Photo: shotshop.com

 

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