La fusée Ariane 6 décolle de Kourou, en Guyane française, le 6 mars 2025
Un tir de toutes les premières entre dans sa phase finale. Ariane 6, dans sa configuration la plus puissante, s’apprête à décoller pour placer en orbite 32 satellites de la constellation Amazon Leo, une mission inaugurale qui scelle le partenariat entre le lanceur lourd européen et son principal client, déterminé à rivaliser avec Starlink.
Neuf heures avant le lancement, le portique mobile qui abrite Ariane 6 des intempéries permettant aux équipes d'accéder à tous les étages a été retiré dans la douceur de la nuit tropicale laissant la fusée seule face au ciel sur son pas de tir à Kourou, en Guyane française (Amérique du Sud).
"Là, on rentre dans la séquence de lancement", a déclaré à l'AFP Philippe Clar, directeur des lanceurs civils d'ArianeGroup.
La météo, surveillée jusqu’à dix minutes avant le décollage, était "dans le vert" et ne devait "pas trop bouger", selon les équipes qui restent particulièrement vigilantes face aux vents, qu’ils soient au sol ou en altitude, et surtout au risque de foudres qu'attire un objet "pointu" comme la fusée.
La fusée, la première dans sa configuration à quatre propulseurs, doit s'envoler dans une fenêtre entre 16H45 et 17H13 GMT pour placer les satellites sur une orbite basse (Leo) à environ 465 km.
La mission durera 1H54 dont une vingtaine de minutes pour la séparation des satellites avant leur mise en orbite, a précisé Caroline Arnoux, directrice Ariane 6 chez Arianespace.
Ce sera le premier des 18 lancements qu'Arianespace, opérateur de la fusée, effectuera pour la constellation d'internet haut débit d'Amazon, le groupe fondé par le milliardaire américain Jeff Bezos.
Celle-ci ne compte à ce jour que 175 satellites en orbite qui ont été lancés par United Launch Alliance (ULA) et par son concurrent SpaceX, d'Elon Musk.
Amazon Leo dont le déploiement a pris du retard vise 3.200 satellites. Starlink repose déjà sur près de 9.400 satellites.
- "Parfait pour les constellations" -
"Nous commençons avec 32 satellites et nous cherchons ensuite à augmenter (leur nombre) à chaque nouvelle mission", a déclaré à l'AFP Martijn Van Delden, responsable du développement commercial Europe d'Amazon Leo, en soulignant qu'il s'agit de la "charge utile la plus importante à ce jour".
Pour répondre à ce besoin, Ariane sera pour la première fois dotée de quatre propulseurs (version A64), au lieu des deux utilisés lors des cinq premiers vols (configuration A62) ce qui permettra de doubler les capacités d'emport à 21,6 tonnes contre 10 à 11 précédemment.
Une version plus puissante de boosters permettant d'augmenter la capacité d'emport de 20% est en cours de fabrication et sera au service de prochains lancements pour Amazon Leo.
"Ariane 6 est un lanceur parfait pour les constellations", a déclaré le patron d'Arianespace David Cavaillolès au cours d'un point de presse jeudi.
Selon lui, les lancements pour Amazon serviront d'entraînement pour la constellation Iris², un projet phare de l'Union européenne qui vise à assurer une connectivité sécurisée et souveraine et dont le déploiement est prévu à partir de 2029.
- 1.600 emplois en France -
Cette coopération est avantageuse tant pour Amazon pour qui "il est important d'accélérer les lancements", que pour Arianespace, qui doit poursuivre la montée en cadence pour rester compétitive et dépend à ce stade d'un client commercial de taille, ses lancements institutionnels étant limités à 2 à 4 par an tandis que de nombreux pays européens se tournent vers SpaceX, souligne Pierre Lionnet, directeur de recherche à Eurospace, association professionnelle de l'industrie spatiale européenne.
Amazon promet de son côté que ce partenariat se traduira par une hausse de 2,8 milliards d'euros du PIB de l'Union européenne entre 2022 et 2029. Sur ce total, 1,38 milliard bénéficierait à la France, qui en capterait la plus grande part, soutenant près de 1.600 emplois.
"A terme, un lanceur européen souverain ne peut pas dépendre principalement des marchés étrangers", nuance pour sa part Ludwig Moeller, directeur de l'ESPI (European Space Policy Institute) basé à Vienne.
Ceux-ci risquent d'"exiger un traitement prioritaire soutenu par leur puissance économique, ou peuvent devenir imprévisibles ou inaccessibles sans préavis, compte tenu de l'environnement géopolitique actuel et des guerres commerciales", met-il en garde.