Le navire de recherche polaire RSS David Attenborough amarré au port de Harwich, le 6 octobre 2025 dans l'est de l'Angleterre

Le navire de recherche polaire RSS David Attenborough amarré au port de Harwich, le 6 octobre 2025 dans l'est de l'Angleterre

Une équipe de scientifiques internationaux embarque jeudi depuis le Royaume-Uni vers le Groenland à bord d'un navire britannique de recherche polaire afin d'étudier la fonte rapide de sa calotte glaciaire à l'aide de drones, de mini-sous-marins et de robots marins.

La calotte glaciaire du Groenland, composée de millions de kilomètres cubes d'eau douce, fond rapidement sous l'effet du réchauffement climatique. Les scientifiques estiment que cela pourrait perturber d'importants courants de l'Atlantique jouant un rôle majeur dans la régulation du climat mondial.

Mais en raison des conditions dangereuses sur place, où d'immenses blocs de glace se détachent de manière imprévisible, les chercheurs ont eu des difficultés à étudier de près le phénomène.

Le navire de recherche polaire RSS David Attenborough, qui porte le nom d'un célèbre naturaliste et présentateur de télévision britannique, a quitté le port de Harwich, dans le sud-est de l'Angleterre, avec à son bord plusieurs dizaines de scientifiques internationaux.

Ce projet de 20 millions de livres sterling (23,6 millions d'euros), dirigé par le British Antarctic Survey, est financé par le gouvernement britannique.

Pendant environ cinq semaines, les scientifiques navigueront à bord du navire ultramoderne dans les fjords qui bordent le sud-est du Groenland, étudiant les glaciers sous tous les angles.

Ils vont faire voler des drones équipés de caméras haute résolution et déployer des robots autonomes capables de plonger à plusieurs centaines de mètres jusqu'au fond marin et de se fixer à la paroi de glace.

"Les robots marins peuvent s'approcher au plus près de la glace, là où les humains ne peuvent pas aller car cela serait dangereux pour eux", a expliqué à l'AFP Kelly Hogan, géophysicienne marine et cheffe de l'expédition.

L'équipe souhaite recueillir des données extrêmement détaillées, car les scientifiques "ne comprennent toujours pas vraiment comment l'eau de l'océan fait fondre la glace", a dit le physicien marin britannique Mark Inall.

- Répercussions sur la pêche -

Les scientifiques observent des signes montrant que les énormes volumes d'eau issus de la fonte de la glace affectent les puissants courants qui transportent les eaux chaudes et froides à travers l'Atlantique et contribuent à la régulation du climat.

Le modèle britannique de référence sur l'évolution du climat prévoit une perturbation, d'ici quelques décennies, de l'un de ces courants, le gyre subpolaire de l'Atlantique Nord, ce qui aura des répercussions sur la pêche et les écosystèmes marins.

"Nos meilleurs modèles actuels indiquent que ces changements pourraient survenir dès les années 2040", a expliqué Kelly Hogan, scientifique au British Antarctic Survey.

Mais ces simulations comportent des imprécisions et l'expédition vise à "représenter de manière beaucoup plus fidèle la fonte de la calotte glaciaire du Groenland dans les modèles", a-t-elle ajouté.

Paul Holland, océanographe spécialisé dans la modélisation des données, lui aussi chercheur au British Antarctic Survey, participe à l'expédition afin de travailler directement sur les résultats recueillis. "Le problème est tellement urgent", a-t-il dit.

Il souligne le rôle potentiel de la fonte des glaces sur la circulation méridienne de retournement de l'Atlantique (AMOC, selon son acronyme anglais : Atlantic Meridional overturning circulation). Il s'agit d'un vaste système de courants océaniques qui fonctionne comme une sorte de tapis roulant, assurant le transfert de chaleur des tropiques vers l'hémisphère Nord.

Les scientifiques s'accordent largement à dire que l'AMOC s'affaiblit sous l'effet de l'accélération de la fonte de la calotte au Groenland.

En revanche, le débat n'est pas tranché sur la vitesse de ce phénomène et la possibilité que ce système puisse s'effondrer au cours de ce siècle.

Son arrêt aurait des conséquences graves, notamment des hivers beaucoup plus rigoureux en Europe du Nord et une élévation du niveau de la mer autour de l'Atlantique Nord.

Pour Paul Holland, il subsiste une "énorme incertitude", mais "nous savons avec certitude que l'augmentation des gaz à effet de serre rend plus probable ces scénarios les plus défavorables".