photographe: Emmanuel Claude

Deborah Ceccacci et Yann Figuet jouent un rôle central dans la création et la production de la Take Off Science Challenge Show. Deborah est la responsable éditoriale : elle s’occupe de l’écriture et du fil rouge des épisodes, des profils des candidats et des interviews sur le plateau. Yann est le chef de la production : il gère toute la logistique, et son équipe apporte les idées pour les décors et le contenu. Tout au long de l’année, ils collaborent étroitement pour que chaque épisode se déroule sans accroc.

 

Deborah, en quelques mots, peux-tu décrire tout ce que tu fais pour l’émission ?

Deborah Ceccacci : En tant que responsable éditoriale, j’ai la charge de tout ce qui touche au contenu. Je définis la ligne éditoriale de la saison, le fil rouge narratif qui traverse les épisodes, et j’écris les textes : ceux des présentateurs, ceux de la voix off, et plus largement tout ce qui structure le récit. Je mène aussi les interviews avec les candidats, les coachs et les invités, et je prête ma voix à la narration finale.

L’équipe scientifique propose des thèmes et apporte la rigueur factuelle ; mon travail consiste ensuite à aller à l’essentiel, à structurer, à rendre tout cela compréhensible, dynamique et captivant pour le public, tout en respectant le timing très précis d’un format télévisuel. J’ajoute donc la dimension “show” : les histoires, les portraits, les petits twists narratifs, tout ce qui rend l’émission vivante et humaine.

 

Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivée à ce rôle ?

Deborah Ceccacci : J’ai étudié le marketing et la communication à Metz, avant de me spécialiser en journalisme audiovisuel. J’ai ensuite travaillé à RTL Luxembourg comme journaliste, d’abord pour le journal télévisé, puis au sein de la rédaction magazine. J’y ai produit des reportages, des documentaires et des émissions – tels que “Generation Art” ou “Ausgesat”. C’est chez RTL que j’ai rencontré Yann. Lorsque le projet Take Off a vu le jour, il m’a contactée pour me demander de faire quelques interviews… et l’aventure a commencé.

 

Yann, en tant que chef de production, que recouvre concrètement ton rôle ?

Yann Figuet : Dans le vocabulaire télévisuel, je suis producteur exécutif : je veille à ce que tout fonctionne, que les plannings soient respectés, que les équipes disposent de ce dont elles ont besoin, et que le produit final soit conforme à nos exigences de qualité (et au budget).

En tant que directeur de FreeLens, la société qui produit Take Off, je coordonne l’ensemble du processus, de la conception à la post-production. Cela implique l’organisation des tournages, la gestion des équipes techniques et éditoriales, le respect du cahier des charges du FNR et de la André Losch Fondation (ALF), ainsi que la livraison finale des épisodes à RTL et YouTube.

À l’origine, le projet se limitait à une règle du jeu achetée à l’étranger. Avec mon équipe, nous avons développé le concept, le nom, l’univers graphique, les décors, l’identité visuelle.

 

Quel est ton parcours avant Take Off ?

Yann Figuet : Je viens du journalisme télévisé. J’ai été cameraman et journaliste reporter d’images, notamment pour France 3, M6, puis RTL Luxembourg. J’ai fondé FreeLens en 1998 et produit de nombreux documentaires pour Arte, France Télévisions, des chaînes allemandes ou américaines.

Avec le temps, nous avons développé des formats de flux, du sport, des séries. À Luxembourg, FreeLens est l’une des rares sociétés indépendantes spécialisées dans la production télévisuelle de ce type, ce qui explique pourquoi le FNR nous a sollicités pour Take Off.

 

Deborah, comment construis-tu le fil narratif d’une saison ?

Deborah Ceccacci : Tout commence avec le casting et le choix des thèmes. Cette saison, nous avons voulu relier chaque épisode à des situations du quotidien, pour favoriser l’identification du public.

Je travaille d’abord beaucoup sur le “profiling” des candidats : qui sont-ils, que représentent-ils, qu’ont-ils envie de raconter ? Ensuite, la narration se construit de manière organique, en fonction des défis, des éliminations, de ce qui se passe réellement sur le plateau. On ne peut jamais tout prévoir.

 

D’où viennent vos idées créatives, notamment pour les décors et la mise en scène ?

Yann Figuet : Elles viennent du collectif. Nous brainstormons en permanence avec l’équipe éditoriale, artistique et scientifique. Nous observons aussi ce qui se fait ailleurs, à l’international, pour nous en inspirer et l’adapter à l’univers de Take Off.

Notre directeur artistique, Thomas Lagache, apporte une immense expérience acquise notamment à France Télévisions. Et l’équipe graphique joue un rôle clé, y compris pour ajouter des éléments dans un but pédagogique ou vulgarisateur.

 

Comment gérez-vous les imprévus sur le tournage ?

Deborah Ceccacci : Grâce à la confiance et à la cohésion de l’équipe. Chacun sait qu’il peut compter sur les autres.

Yann Figuet : Et puis il faut relativiser : on ne sauve pas des vies, on crée de l’Entertainment. Le stress existe, mais il est partagé. Chacun, avec son professionnalisme, doit gérer sa partie et trouver des solutions.

 

Deborah, les confessionnaux sont des moments très forts. Comment les prépares-tu ?

Deborah Ceccacci : Je commence par des entretiens individuels approfondis avant le tournage, pour instaurer un climat de confiance. Sur le plateau, je prends souvent les candidats juste après un challenge, quand l’émotion est encore là, tout en respectant leur rythme et leurs limites.

Notre objectif n’est jamais de les fragiliser, mais de les mettre en valeur, avec sincérité.

 

Yann, quelle est la partie la plus difficile de ton rôle ?

Yann Figuet : Faire respecter les plannings. C’est la partie la plus ingrate : être le “gendarme” qui veille au respect des délais, des règles, du rétroplanning de post-production. Mais c’est indispensable pour que tout fonctionne.

 

Qu’est-ce que Take Off représente pour vous aujourd’hui ?

Deborah Ceccacci : Un projet collectif, profondément humain.

Yann Figuet : Une aventure où l’on travaille énormément, mais avec plaisir. Si on ne s’amusait pas, on ne pourrait pas le faire.

 

Vous évoquiez tout à l’heure les imprévus. Est-ce que vous pouvez raconter une situation où il a fallu s’adapter très vite, et qui a vraiment transformé un épisode ?

Yann Figuet : Il s’agissait d’un duel autour de l’eau potable. Deux candidats devaient identifier différents échantillons d’eau : lesquels étaient potables, lesquels ne l’étaient pas. Le challenge se déroule, un candidat gagne, l’autre est éliminé.

Mais le candidat perdant reste très perplexe. Il ne comprend pas son erreur. Il retourne derrière sa table, refait les tests, essaie de comprendre ce qui n’a pas fonctionné.

Il faut savoir que tous les challenges sont testés en amont par l’équipe qui les crée, ainsi que par Joseph et Lucie, dans leurs ateliers. Mais ce jour-là, on se rend compte que l’eau utilisée pour le tournage n’était pas la même que celle utilisée lors des tests.

Deborah Ceccacci : L’eau utilisée lors des essais, à Sandweiler, n’avait pas les mêmes valeurs en nitrates que l’eau du robinet utilisée sur le plateau. Résultat : scientifiquement, le challenge ne fonctionnait pas.

Yann Figuet : Là, ça devient très délicat, parce que les enjeux pour les candidats sont énormes. Pour nous, en tant que production, au fond, peu importe qui gagne : on a choisi 12 candidats, ils ont tous le potentiel. Mais pour eux, l’élimination est un vrai choc.

Deborah Ceccacci : Nous avons donc décidé d’annuler le duel. Le candidat éliminé a été sauvé et a pu continuer l’aventure, parce que l’erreur venait de la production. Mais évidemment, ça bouleverse toute la narration derrière : on se retrouve soudain avec un candidat en plus, il faut adapter les épisodes suivants, le rythme, les éliminations.

Yann Figuet : Voilà une démonstration très concrète du fait que l’eau potable peut varier énormément d’un endroit à l’autre, même au Luxembourg ! Finalement, c’est devenu une information très intéressante pour le public.

 

Aviez-vous l’habitude de travailler avec des jeunes avant Take Off ?

Yann Figuet : Personnellement, non. C’était une première.

Deborah Ceccacci : Oui : j’ai travaillé sur plusieurs projets avec des jeunes, notamment Generation Art ou la plateforme RTL YOU où les jeunes créaient eux-mêmes du contenu. Le plus grand défi, c’est de leur faire comprendre que tout ce qu’ils disent ou font peut-être diffusé et susciter des réactions, positives ou négatives. Il faut les sensibiliser à leur image, tout en voulant les montrer sous leur meilleur jour.

 

Si vous pouviez ajouter une idée complètement folle sur le plateau, ce serait quoi ?

Yann Figuet : Ce serait un gadget qui n’existe pas encore vraiment ! J’aimerais qu’on puisse emmener les candidats dans un monde virtuel pendant l’émission. Par exemple, les plonger à l’intérieur d’un corps humain, d’une batterie de voiture, ou d’un système technique, pour comprendre concrètement comment ça fonctionne. Ce serait incroyable pour la vulgarisation scientifique, avec un énorme effet “waouh”. Ce n’est pas encore technologiquement faisable comme on le voudrait, mais dans quelques années, pourquoi pas.

Deborah Ceccacci : Cette année, j’ai apporté beaucoup d’idées. Il y en a une que je voulais absolument faire depuis la première saison : un défi où les candidats affrontent les coachs. Joseph et Lucie ont fini par accepter. L’effet de surprise est énorme, autant pour les candidats que pour les spectateurs. 

Pour voir comment les coachs se sont battus, regardez l'épisode du 6.03 mars en bas! 

 

Si vous pouviez donner un “super pouvoir” aux candidats pour améliorer leurs chances ?

Deborah Ceccacci : Je leur donnerais juste une meilleure capacité à communiquer entre eux, surtout au début. Ils ne se connaissent pas encore, le stress est énorme, tout le monde parle en même temps, et ça part vite dans tous les sens.

Ou alors… parler toutes les langues du monde. Ce serait un vrai super pouvoir, pour eux comme pour nous au casting !

Yann Figuet : Mais il ne faut pas trop les aider non plus. S’ils avaient ChatGPT dans la tête, il n’y aurait plus de challenge. Et ce serait beaucoup moins intéressant.

 

Quel message voudriez-vous faire passer aux spectateurs ?

Yann Figuet : Notre objectif est clair : montrer que la science fait partie du quotidien. Nous ne voulons pas d’un programme réservé à des “geeks”, mais une émission où les expériences ont une application concrète et parlante pour tous. Comment fonctionne notre vie de tous les jours : un tram, un bus électrique, la cuisine, une enquête criminelle ?

Deborah Ceccacci : J’aimerais m’adresser aux jeunes qui hésitent à participer : Allez-y ! Tous les anciens candidats disent la même chose : ils ont énormément grandi grâce à l’émission. Nous cherchons des jeunes curieux, ouverts, différents. Take Off, c’est une grande famille bienveillante.

 

Interview : Diane Bertel

Editrice : Lucie Zeches (FNR)

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