FNR
Vidéo de la série Spotlight
Note de la rédaction: Ceci est une traduction légèrement adaptée d'un article publié le 13 février 2026 dans le cadre de la série d'artilces „Spotlight on Young Researchers“ sur le site internet du Fonds National de la Recherche Luxembourg (FNR). Spotlight on Young Researchers a été créé en 2016 pour mettre en avant les histoires et travaux de recherche de jeunes chercheurs autour du monde qui ont un lien avec le Luxembourg.
La plupart des systèmes complexes sont conçus au moyen de processus fragiles, avec une exploration limitée et peu d’automatisation en matière de sécurité.
« Quand les choses tournent mal, ce n’est pas seulement coûteux, c’est personnel. Un exosquelette de rééducation défaillant peut blesser quelqu’un. Une conception erronée de satellite coûte des millions. Mes recherches s’attaquent à ce problème en combinant l’IA et la vérification formelle pour aider les ingénieurs à concevoir, dès le départ, des systèmes plus sûrs et plus intelligents. Cela compte pour l’industrie, les infrastructures publiques et les personnes qui dépendent de ces systèmes pour se déplacer, communiquer ou simplement vivre sans craindre une panne », explique Tagir Fabarisov, scientifique en IA x méthodes formelles et chercheur postdoctoral au sein du groupe SerVal du SnT de l’Université du Luxembourg.
Nous sommes passés des tâtonnements à la simulation et au raisonnement automatisé. En robotique de rééducation, des travaux comme les miens ont permis à des exosquelettes à faible coût de détecter les défaillances à un stade précoce, sans nécessiter d’infrastructure lourde. Dans l’aérospatiale et les systèmes critiques, la vérification formelle permet désormais aux ingénieurs de repérer les défauts de conception avant qu’ils ne se transforment en catastrophes.
Dr Tagir Fabarisov, Université du Luxembourg.
Des projets comme VARIANCE, financé par une subvention FNR-CORE et sur lequel Tagir travaille, vont plus loin : ils combinent l’IA et les méthodes formelles pour explorer automatiquement des architectures sûres et efficaces.
Nous prouvons que performance et confiance ne s’excluent pas mutuellement. Les outils existent. Les avancées sont là. Ce qui change, c’est notre manière de concevoir : plus vite, plus sûrement et avec beaucoup plus d’intelligence intégrée.
Dr Tagir Fabarisov, Université du Luxembourg
Photos: Tagir sur son lieu de travail au SnT à l'Université du Luxembourg. Copyright: FNR.
Tagir explique qu’un défi essentiel consiste à rendre fiable la conception de systèmes pilotée par l’IA. Il est crucial de disposer de méthodes intelligentes qui vont au-delà de l’optimisation, qui soient explicables et vérifiables. Cela implique de faire converger, entre disciplines, la vérification formelle et l’IA.
La science est là. Le véritable objectif, ce ne sont pas des systèmes plus intelligents. Ce sont des choix plus intelligents.
Dr Tagir Fabarisov, Université du Luxembourg
Mais, explique Tagir, la recherche traite encore l’IA et la vérification comme des « mondes séparés », l’une étant rapide mais peu explicable, l’autre étant sûre mais lente.
Ce qui manque, c’est un véritable investissement pour les rapprocher — grâce à des outils utilisables et à une pensée interdisciplinaire. Le Luxembourg est idéalement placé pour mener cet effort, en réunissant en un même lieu la science, l’industrie, la finance et l’action publique.
Dr Tagir Fabarisov, Université du Luxembourg
Les outils que Tagir développe visent à explorer et à évaluer automatiquement des milliers de conceptions de systèmes, tout en veillant à ce qu’elles respectent les exigences de sécurité et de performance.
Au lieu de nous appuyer sur des modèles opaques ou sur des approximations manuelles, nous construisons des workflows auxquels les ingénieurs peuvent faire confiance et qu’ils peuvent auditer. Mon travail fait le lien entre plusieurs disciplines : l’IA pour la rapidité, la vérification pour la rigueur. Des satellites aux infrastructures critiques, l’objectif est de rendre l’exploration intelligente de la conception non seulement possible, mais aussi réellement exploitable, afin que des systèmes fiables puissent être développés plus rapidement, avec moins de défaillances et avec une sécurité intégrée dès le départ.
Dr Tagir Fabarisov, Université du Luxembourg
EN SAVOIR PLUS SUR TAGIR FABARISOV
Sa recherche actuelle en une phrase
« Je conçois des outils intelligents qui aident les ingénieurs à développer des systèmes plus sûrs et plus fiables — comme les satellites ou les dispositifs médicaux — en combinant la rapidité de l’IA avec la rigueur de la vérification formelle. »
Plus sur son parcours
« Mes recherches visent à développer des méthodologies qui rendent la conception de systèmes complexes à la fois plus intelligente et plus sûre. Elles ont commencé pendant ma thèse, avec l’amélioration de la fiabilité des exosquelettes des membres inférieurs pour la rééducation des personnes âgées, et se poursuivent aujourd’hui dans le cadre de mes recherches postdoctorales sur la planification et la conception automatisées de missions satellitaires. Dans les deux cas, l’objectif est le même : des systèmes qui fonctionnent de manière fiable lorsque des vies humaines en dépendent réellement. »
Champs d'application possibles
« Les applications incluent la planification de missions satellitaires, mais la méthodologie se généralise à des domaines critiques pour la sécurité où la traçabilité, l’explicabilité et la fiabilité sont essentielles dès le départ. »
Impressions sur la collaboration avec l’industrie
« D’après mon expérience, travailler avec l’industrie signifie composer avec des délais serrés, des budgets contraints et des exigences de certification. Les décisions doivent être pratiques et rapides, même si cela implique d’accepter des solutions sous-optimales. Dans le monde académique, il y a davantage de place pour explorer, remettre en question les hypothèses et viser une compréhension plus approfondie. Dans l’industrie, il est essentiel que les méthodes soient utilisables et que les résultats soient explicables ; l’élégance théorique, à elle seule, ne suffit pas. J’apprécie le fait que la collaboration avec l’industrie affine les priorités : si quelque chose ne peut pas passer à l’échelle ou inspirer confiance dans des conditions réelles, cela ne dépassera pas le stade du prototype. »
Comment l’industrie bénéficie de la collaboration avec le monde académique et inversement
« L’industrie bénéficie de la collaboration en accédant à de nouvelles méthodes, technologies et perspectives qui ne sont pas encore disponibles commercialement. La recherche publique apporte des analyses plus approfondies, une exploration plus large et une vision à long terme, ce qui peut réduire les risques liés à l’innovation. En retour, les chercheurs bénéficient de la confrontation avec des contraintes du monde réel, telles que des données limitées, des pressions sur les coûts et des défis de déploiement. Ce retour d’expérience permet de maintenir la recherche centrée sur des solutions pratiques et évolutives plutôt que sur des scénarios idéalisés. Travailler ensemble raccourcit également le chemin entre la théorie et l’application, aidant ainsi les deux parties à construire des systèmes non seulement plus intelligents, mais aussi réellement utilisables et fiables. »
Une mentore qui a eu un impact
« Prof. Nafisa Yusupova — elle a ouvert le monde aux étudiants et aux jeunes chercheurs en construisant des partenariats internationaux dans mon alma mater, l’Ufa State Aviation Technical University. Grâce à elle, toute une génération de scientifiques et d’ingénieurs, moi compris, a entamé son parcours au-delà de la Russie pour rejoindre des carrières internationales dans la recherche. »
Auteurs: Dr Tagir Fabarisov (Université du Luxembourg) und Emily Iversen (FNR)
Éditeur: Michèle Weber (FNR)