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Auteur : Daniel Saraga
Rédacteurs : Jean-Paul (Jhemp) Bertemes, Michèle Weber (FNR)
L’Australie a mis en place un âge minimal pour avoir un compte sur les réseaux sociaux fin 2025. L’Indonésie et la Malaisie lui ont emboîté le pas, tandis que le Brésil exige depuis mars 2026 que les comptes soient liés à ceux des parents. C’est désormais au tour de l’Europe. A la mi-septembre, Ursula von der Leyen a présenté le «Kids Act»: pas de réseaux sociaux avant 13 ans et pas de compte personnel avant 15 ans. Le Royaume-Uni a décidé d’instaurer un âge minimal dès le printemps 2027. La France, elle, a fait marche arrière suite à une censure du Conseil constitutionnel le 14 août 2026. Et au Luxembourg, le Premier ministre Luc Frieden a annoncé que le pays prendra lui-même des mesures si aucune solution européenne n’est trouvée d’ici la fin de l’année.
Le but affirmé de ces lois est de protéger les jeunes des réseaux, qui sont soupçonnés d’avoir de nombreux effets négatifs – d’une baisse de la qualité du sommeil jusqu’à la réduction des interactions sociales en passant par des problèmes de santé mentale.
Mais ces effets ont-ils été vraiment démontrés de manière scientifique? Cet article fait le point sur ce que la science sait — et ne sait pas – sur cette question.
Résumé
La science étudie de près les effets des écrans et des réseaux sociaux sur les jeunes, produisant un nombre conséquent d’articles scientifiques. Une dizaine de rapports qui résument cette littérature scientifique ont servi à l’élaboration de cet article (voir références à la fin de l’article). Leurs conclusions que nous résumons ici se rejoignent largement.
La science suggère fortement que les réseaux sociaux peuvent avoir des effets autant négatifs que positifs sur la vie sociale des jeunes, sur leur santé mentale et physique ainsi que sur l’apprentissage.
Elle ne montre que rarement des relations causales (comme «un usage de tant d’heures augmente les risques de dépression de tant de pourcents»), une limitation attendue au vu de la complexité du phénomène et de son hétérogénéité. Les recherches révèlent principalement des associations (observer une corrélation entre un certain usage et un certain aspect de la vie sociale ou de la santé), sans pouvoir démontrer si l’usage du réseau provoque un changement, si une caractéristique psychosociale pousse à utiliser davantage les plateformes, ou si c’est un troisième facteur qui est en jeu. D’autres effets restent à l’état de soupçons, n’ayant pu être démontrés formellement par un nombre suffisant d’études.
Voici une vidéo ou nous expliquons la différence entre causalité et corrélation :
Nous résumons ici les conclusions principales de cet article.
Risques et chances d’exposition avérées
Du côté positif, les réseaux sociaux représentent un divertissement qui génère des émotions positives et offrent des ressources pour explorer ses intérêts.
Parmi les aspects négatifs, ils exposent les jeunes aux cyberviolences, à des risques concernant leurs données privées ainsi qu’à des messages de désinformation médicale, polarisants ou violents ou encore promouvant des comportements suicidaires ou des défis dangereux.
Relations causales
L’usage des écrans le soir perturbe le sommeil et leur utilisation dans la rue augmente les risques d’accidents.
Associations
Un usage modéré des réseaux est associé à un bien-être, une sociabilité et un engagement civique plus élevés, au sentiment d’être mieux soutenu socialement et d’appartenir à une communauté. Des études ont montré l’effet de certaines campagnes de prévention en santé physique ou mentale.
Un usage «problématique» des réseaux – défini par une durée d’utilisation très importante ou par la présence de comportements addictifs – est associé à des résultats scolaires moins bons, à la réduction du bien-être et à des difficultés dans les relations interpersonnelles, à un sentiment de solitude accru, à une baisse de l’estime de soi, à des symptômes dépressifs et à des plaintes psychosomatiques ainsi qu’à des troubles musculosquelettiques de la nuque ou du dos.
Soupçons
Les réseaux peuvent soutenir la construction de l’identité et le développement de l’empathie ainsi que la pratique d’activités sportives ou de hobbies.
L’usage des réseaux pourrait conduire à se présenter de manière inauthentique, à participer à la radicalisation, à augmenter l’inattention en classe en raison d’un déficit de sommeil ainsi que les distractions durant les cours, à contribuer à l’anxiété et à la corumination (des échanges réguliers sur ses émotions négatives). L’idée que le temps passé en ligne fait en sorte que les adolescents font alors moins de sport ou voient moins souvent leurs amis, reste une hypothèse qui n’a pas été confirmée jusqu’à présent par les études.
Non démontré
Il reste incertain si les écrans font baisser de manière générale les résultats scolaires, si l’interdiction du téléphone à l’école augmente l’attention des élèves, et si les formats courts typiques des réseaux (microblogging, reels, etc.) altèrent les capacités de concentration et de contextualisation.
Usage actif et passif
La plupart des études notent des différences entre les effets d’un usage actif (publier des posts, commenter) et passif (faire défiler posts et commentaires). Un usage actif montre parfois des effets positifs plus présents (tels que le sentiment de bénéficier d’un soutien social), un usage passif davantage d’effets négatifs (comparaison anxieuse, sentiment de solitude et symptômes dépressifs)[R5 p7]. Ceci dit, un usage actif peut avoir des effets négatifs (par exemple, poster des commentaires haineux) et un usage passif des effets positifs (écouter de la musique, etc.). Les études sont hétérogènes et ne permettent pas de tirer de conclusions définitives.
1. Une question difficile à cerner
De nombreuses recherches ont été menées sur les interactions entre l’utilisation des réseaux sociaux et le bien-être des jeunes. Il reste néanmoins difficile d’en tirer des conclusions définitives sur ce que seraient «les effets des réseaux sociaux sur les jeunes». Nous détaillons ici quelques aspects importants de ces difficultés.
1.1 La diversité de l’expérience des réseaux sociaux
«Parler ’des’ réseaux sociaux comme d’un ensemble homogène et monolithique est trompeur, souligne Carolina Catunda, chercheuse en sciences sociales à l’Université du Luxembourg. Leur pratique est en effet extrêmement diverse. Vouloir élucider ses effets pourrait être comparé à vouloir déterminer quels sont les effets du fait de vivre en ville. On comprend bien que la réponse dépendrait fortement des conditions de vie et des habitudes individuelles: rester à la maison ou passer son temps dans la rue, se déplacer à vélo ou en voiture, acheter en magasin ou en ligne, manger chez soi ou sur le pouce. De même, on peut être actif ou passif sur les réseaux sociaux, rester dans sa bulle ou pas, être exposé aux contenus toxiques ou pas. Pour toutes ces raisons, une réponse unique est impossible, et illusoire.»
La question «Quels sont les effets de l’utilisation des réseaux sociaux sur les jeunes?» est formulée de manière très large et demanderait à être précisée:
- De quelles plateformes parle-t-on?
- De quel genre d’utilisation?
- Quels types d’effet peut-on ou veut-on analyser?
- Où vivent les jeunes dont nous parlons, et dans quelles conditions?
Nous détaillerons dans la section 6.1 «Les aspects cachés de la question» les enjeux soulevés par cette formulation.
Un aspect revenant dans de nombreuses études est la difficulté de distinguer les effets des réseaux sociaux de la vie connectée en général et des autres usages du smartphone (par exemple pour échanger des messages, consulter des news, écouter de la musique ou jouer). Carolina Catunda souligne également la présence d’un certain biais dans le corpus des études: «Les travaux scientifiques s’intéressent bien plus souvent aux aspects négatifs des nouvelles technologies qu’aux aspects positifs.»
Photo: Dr Carolina Catunda (© University of Luxembourg)
1.2 Usage normal ou problématique
Les études scientifiques définissent souvent un usage «normal» des réseaux sociaux par une durée modérée d’utilisation ou ne dépassant pas les recommandations officielles (par exemple, pas plus de deux heures par jour[R4 p78]). Elles le distinguent d’un «usage problématique», qui est défini de plusieurs manières possibles[R3 p5]:
- une durée quotidienne élevée (comme plus de deux heures),
- la présence de comportements d’addiction (la difficulté de s’en passer) ou compulsifs (la tendance à vérifier fréquemment les derniers posts ou likes),
- les effets de l’usage, comme le fait qu’il suscite l’inquiétude des parents ou génère des problèmes.
La définition problématique de l’usage problématique
Une difficulté méthodologique est que l’utilisation intensive des réseaux – par exemple, plus de trois à quatre heures par jour – peut être considérée à la fois comme une cause (un facteur contribuant à des risques de problèmes psychiques) et comme un symptôme d’un usage problématique[R1 p135]. Lorsque ce dernier est défini par le fait qu’il s’accompagne d’effets négatifs (plutôt que par une certaine durée), il peut créer une forme de raisonnement circulaire: les associations entre un usage problématique et des effets négatifs relevées par les études deviennent triviales ou tautologiques, la présence d’effets négatifs étant ce qui définit un usage problématique.
«De manière générale, c’est souvent moins le nombre d’heures passées sur les réseaux qui compte que ce qu’on y fait, relève Carolina Catunda. Passer deux heures à regarder des tutos pour apprendre à jouer un instrument n’a pas le même effet que les passer à regarder des gens parler de produits de beauté ou de leurs nouvelles baskets.» La chercheuse tisse un lien avec l’alcool: «Les messages de prévention simplifient beaucoup en définissant un nombre de bières qu’on pourrait consommer sans danger par semaine. Mais les effets psychosociaux de l’alcool dépendent également beaucoup du contexte, si on en consomme en groupe ou tout seul, et à quel rythme.» Elle relève aussi que les jeunes disent souvent être conscients d’un usage excessif du smartphone, mais éprouvent des difficultés à le garder sous contrôle.
2. Effets sur la vie sociale des jeunes
Les réseaux sociaux peuvent isoler et connecter, exposer les jeunes au cyberharcèlement ou leur donner un accès à des communautés de soutien.
2.1 Aspects positifs des réseaux sociaux sur la vie sociale
Un des buts centraux des réseaux est d’offrir du divertissement, qui peut avoir des effets positifs. Ils peuvent simplement générer des émotions positives (rire, fascination, être touché, etc.), se changer les idées et contribuer à soulager du stress. D’une manière générale, ils participent à la recherche de nouvelles expériences qui est absolument normale à l’adolescence[R2 p74].
Les adolescents utilisent les plateformes pour maintenir les relations avec les amis, les connaissances et la famille[R2 p75] – une expérience a montré qu’échanger des messages avec un ami peut réduire le stress[R2 p76]. Rester en contact avec la famille peut contribuer à une communication familiale plus ouverte et aider en cas de séparation prolongée[R2 p76]. Les communications asynchrones permettent de choisir quand répondre, ce qui peut aider à gérer les situations de conflit[R4 p97].
Pour Carolina Catunda, les jeunes bénéficient davantage lorsqu’ils maintiennent des contacts en ligne avec des gens de leur entourage, ce soutien pouvant alors également s’exprimer hors ligne. Les avantages sont moins systématiques lors de contacts avec des personnes plus éloignées. «Un point important est d’être en mesure de se déconnecter une fois les communications avec ses proches terminées. Des difficultés à le faire peuvent signaler un comportement d’addiction.»
Les réseaux peuvent également aider des jeunes à développer un sens d’appartenance à une communauté, qui peut avoir un impact positif sur le bien-être et l’humeur[R5 p8]. Cette dynamique est particulièrement précieuse pour les minorités ainsi que les personnes isolées[R4 p16] ou poursuivant des intérêts de niche[R2 p121], ou encore touchées par une maladie, un deuil ou des difficultés émotionnelles[R2 p23].
Les plateformes permettent également aux jeunes d’expérimenter différentes façons de s’exprimer et soutiennent ainsi le développement de l’identité[R5 p8]. Elles peuvent diffuser des messages positifs, soutenir le développement de l’empathie[R1 p294], et présenter des modèles d’identification positifs à suivre[R1 p143].
En résumé, certaines études indiquent ainsi qu’un usage modéré des réseaux sociaux est corrélé avec davantage de bien-être, de sociabilité, d’accès à un soutien de proches et d’engagement dans la vie sociale et politique – sans avoir pu démontrer de relation causale[R6 p12].
2.2 Aspects négatifs sur la vie sociale
Les jeunes montrant un usage problématique des réseaux sociaux ou d’internet ont tendance à avoir un bien-être social réduit et à éprouver des difficultés dans les relations interpersonnelles avec leurs camarades, leurs parents ou encore le personnel enseignant[R4 p99]. Certaines études suggèrent que les jeunes qui s’engagent sur les réseaux pour compenser un manque de relations hors ligne peuvent tisser de nouveaux liens en ligne, mais ne peuvent souvent pas retransposer ces expériences positives dans la vie réelle. Ils risquent d’éprouver un sentiment de solitude encore plus grand[R1 p293].
Le désir de recevoir sur les plateformes des feedbacks positifs (likes, commentaires, followers) peut inciter à s’y présenter de manière moins authentique, déclencher des angoisses de comparaison et mener à la rumination – le fait de resasser des idées négatives[R5 p7].
Selon l’hypothèse du «déplacement»[R5 p7], le temps passé sur les réseaux (ou en ligne) peut prendre la place d’activités sociales réalisées dans le monde réel, notamment les rencontres en personne, les hobbies ou le sport. Ainsi, 20% des jeunes de quinze ans et 16% des jeunes de onze ans ont indiqué dans un sondage réalisé dans les pays de l’OCDE négliger des activités sociales (hobbies, sports, voir des amis) parce qu’ils veulent utiliser les réseaux sociaux[R4 p16]. Trois enfants sur cinq disent perdre la notion du temps en ligne[R4 p136].
Carolina Catunda relève qu’un tel déplacement peut également se faire avec des activités hors ligne: «Un jeune qui passe dix heures par jour tout seul à lire ou faire de la musique aura lui aussi moins de temps pour les relations sociales. De telles activités sont socialement et culturellement valorisées, mais peuvent également avoir un impact négatif lorsqu’elles prennent une place excessive.»
Le temps passé sur les réseaux est-il forcément «volé» à d’autres activités?
L’idée paraît évidente: passer des heures sur son portable peut nous empêcher de les consacrer à d’autres activités qu’on imagine souvent plus saines, comme faire du sport ou voir des amis. Mais les études pour l’instant restent prudentes sur un tel effet.
Elles ont pu – sans trop de surprise – montrer que l’utilisation nocturne des écrans déplace l’heure du coucher et réduit la durée de sommeil[R2 p99].
Une très large enquête menée aux Etats-Unis avait révélé que le temps passé par les adolescents dans des interactions sociales en personne s’était réduit d’une heure par jour entre 2010 et 2017, et ceci malgré une durée scolaire réduite et des durées stables des activités parascolaires[R1 p291]. Mais la prise en considération d’autres variables de l’étude (sexe, statut socioéconomique, etc.) a en partie invalidé l’hypothèse du déplacement en montrant que les gens qui passaient le plus de temps sur les réseaux voyaient également le plus leurs amis en personne.
Si un adolescent sur cinq disait négliger le sport en raison des réseaux, les études n’ont pas pu démontrer un tel effet: les jeunes qui sont sportivement très actifs le restent malgré une utilisation fréquente des réseaux[R2 p100].
Les cyberviolences constituent un large catalogue d’actes malveillants et nocifs réalisés en ligne: envoi de messages blessants, grossiers (flaming) ou présentant des scènes choquantes (violence, etc.), divulgation d’échanges privés (outing), publication d’informations privées concernant notamment l’identité ou l’adresse (doxing), usurpation d’identité en se faisant passer pour quelqu’un d’autre, volonté de duper ou tromper une personne, ou encore rejet et exclusion (ostracisme). Par définition, ces formes de cyberharcèlement ne peuvent avoir lieu qu’en ligne, ne pourraient exister en l’absence d’internet, et font partie de la réalité des réseaux sociaux.
Carolina Catunda relève que le mobbing hors ligne – au contraire du cyberharcèlement – a globalement baissé, probablement en raison de la prise de conscience du phénomène.
Ces abus peuvent notamment concerner la sexualité. Ils comprennent la pression (exercée notamment envers les filles) à envoyer des messages à caractère sexuel (sexting), leur divulgation non consentie (par exemple dans le cas de revenge porn) ou la menace de le faire (chantage ou sextorsion), ainsi que la création et la diffusion de deepfakes pornographiques. Le nombre de cas de sextorsion rapportés a été multiplié par vingt en France, passant de 1400 en 2022 à plus de 28 000 en 2024[R1 p71]. Les réseaux peuvent également générer des risques d’actes pédocriminels en mettant en contact des jeunes avec des adultes malveillants, qui peuvent facilement masquer leur âge[R1].
Les algorithmes des réseaux sociaux augmentent la visibilité des propos clivants et contribuent à la polarisation de la société ainsi qu’à la désinformation. Ces phénomènes touchent également les adultes, mais ont un effet particulier chez les jeunes, ces derniers se trouvant à un âge où se forment leur identité et leurs opinions[R1 p19].
L’exposition à des comportements en ligne agressifs pourrait contribuer à la normalisation et à la banalisation de la violence[R1 p413].
Les réseaux sociaux – notamment ceux facilitant l’anonymat tels que YouTube, Reddit ou Snapchat – pourraient contribuer à la radicalisation (par exemple dans les domaines de la religion, de la politique ou du terrorisme) ou à l’adoption de positions extrêmes (sexisme, racisme, etc.), par exemple dans ce qu’on appelle la «manosphère». Cependant, les études réalisées jusqu’à présent n’ont pu établir de relations causales claires[R4 p62].
La présence des mineurs sur les réseaux sociaux soulève également des risques concernant la protection de leur vie privée et de leurs données, de dommages de réputation ultérieurs et d’exposition à des publicités ciblées et à des tentatives d’exploitation financière[R4 p66].
3. Effets sur l’apprentissage
Les plateformes peuvent détourner les jeunes du travail scolaire ou les intéresser à approfondir certains sujets.
3.1 Aspects positifs des réseaux
Les réseaux sociaux offrent un nouveau canal d’apprentissage susceptible de soutenir l’apprentissage scolaire, notamment à travers des groupes de travail en ligne. Il peut venir en complément en encourageant d’autres modes d’apprentissage informels. Les jeunes peuvent par exemple rejoindre des communautés d’amateurs et d’experts au-delà de leurs cercles sociaux hors ligne et développer ainsi de nouveaux savoirs. Leurs choix suivent alors plus souvent des affinités personnelles que des exigences scolaires étroites[R1 p144]. Les plateformes permettent aux jeunes de développer et d’explorer de nouveaux intérêts, également de niche, et ainsi de développer des compétences transversales telles que l’autoapprentissage, l’esprit critique, et une attitude orientée vers la recherche de solutions pragmatiques[R4 p78]. Les études PISA montrent qu’un usage modéré du numérique (dont les réseaux sociaux, mais pas exclusivement) est généralement associé à de meilleures performances en mathématiques[R6 p88].
Les réseaux sociaux permettent aux jeunes de développer leurs compétences numériques. Leur usage est associé à des capacités de lecture légèrement supérieures et à une plus grande facilité à naviguer l’information en ligne[R2 p70]. Les jeunes sont nombreux à profiter des possibilités de création offertes par les plateformes, notamment pour la retouche d’image, le montage de vidéos ou encore la programmation d’applications[R4 p90].
Ces bénéfices sont inégalement distribués: les jeunes issus de milieux favorisés ont plus de chances d’utiliser de manière autonome des ressources numériques pour apprendre en dehors de l’école que leurs camarades issus de milieux modestes[R4 p15]. Ces aspects positifs sont également renforcés lorsque les parents les accompagnent[R7].
3.2 Aspects négatifs
Certaines études ont montré des associations entre un usage problématique d’internet et des performances scolaires moins bonnes[R4 p101], mais les grandes revues de la littérature qui résument les conclusions de nombreuses recherches n’ont soit pas décelé de corrélation claire entre le temps passé sur les réseaux et les résultats scolaires, soit observé une association négative de très faible ampleur[R1 p332]. Une causalité est difficile à démontrer: un élève peut perdre sa motivation à l’école parce qu’il passe beaucoup de temps en ligne, ou au contraire se tourner vers les réseaux par ennui.
Certains travaux relèvent des différences liées au genre. Une petite étude menée au Canada avec une centaine d’élèves montre que le temps passé sur les réseaux le week-end est associé à une baisse des notes en sciences, en mathématiques et en français chez les filles de 13 ans, mais pas chez les garçons, suggérant comme raison une durée plus importante d’utilisation des réseaux par les filles le week-end[R1 p334].
L’impact négatif sur le sommeil que peut avoir l’utilisation des écrans (voir «Effets sur la santé physique», ci-dessous) peut se répercuter sur l’attention en classe et sur les résultats scolaires[R1]. Des études en laboratoire ont montré que le multitâche numérique – le fait de poursuivre en même temps plusieurs activités sur les écrans – peut avoir un impact négatif sur la mémoire de travail, mais l’impact de l’utilisation de supports numériques en classe n’a pas été clairement démontré[R1 p337].
Les notifications des smartphones restent actives durant les heures de cours pour près de la moitié des jeunes de quinze ans, notamment ceux issus de milieux défavorisés, selon l’enquête PISA. Elles peuvent constituer une source importante de distraction en classe[R4 p141]. Les jeunes sont nombreux à dire être dérangés pratiquement à chaque leçon par l’utilisation d’écrans par d’autres élèves[R4 p86]. Pourtant, les recherches n’ont pu montrer qu’une interdiction des téléphones en classe ou des programmes promouvant un usage responsable ont effectivement amélioré l’attention des élèves[R4 p142]. Les performances scolaires souffrent également de situations de harcèlement – qu’elles surviennent hors ou en ligne[R1].
On pourrait supposer que la présentation des contenus sous une forme très brève et sans contexte – qui est courante sur les réseaux – pourrait avoir un impact sur la capacité de concentration des jeunes et sur leur compétence à contextualiser l’information, mais les études n’ont pas mis en évidence des effets clairs.
Une radiographie périodique du bien-être des enfants au Luxembourg
Tous les quatre ans, une enquête menée auprès de plus de 8000 élèves du Luxembourg établit un état des lieux de leur bien-être et santé. C’est le chapitre national d’une initiative internationale coordonnée par l’OMS, le réseau Health Behaviour in School-Aged Children (HBSC), qui regroupe désormais 51 pays. L’enquête aborde également des aspects liés aux écrans et aux réseaux sociaux. Carolina Catunda de l’Université du Luxembourg résume les points les plus importants en attendant les résultats de l’enquête 2026.
L’étude a confirmé qu’il existe bien des corrélations entre un usage problématique des réseaux sociaux et des taux plus élevés d’anxiété, de dépression, de solitude, d’un manque de soutien par les proches et d’expérience de cyberharcèlement. Mais «on ne peut pas en conclure une relation de causalité, relève Carolina Catunda, car une personne souffrant d’isolement pourrait par exemple se tourner vers les réseaux.»
Les chiffres ont relevé une augmentation des plaintes psychosomatiques rapportées par les jeunes de 2018 à 2022. Il s’agit par exemple de maux de tête ou de ventre qui peuvent être le symptôme d’un mal-être psychique. «On voit une augmentation plus marquée chez les filles, poursuit la chercheuse. Cela pourrait être lié, entre autres, à l’utilisation plus intense des réseaux par les filles, alors que les garçons consacrent également du temps aux jeux en ligne.»
Mais là aussi, l’interprétation reste délicate: «L’augmentation des cas de troubles psychiques peut également être liée à une prise de conscience plus large des questions de santé mentale. On en parle plus, et cela peut encourager les jeunes à aller consulter. Une partie des diagnostics établis aujourd’hui n’auraient peut-être pas été faits il y a une dizaine d’années.»
L’enquête HBSC confirme l’importance jouée par la famille: les données ont montré une association entre un soutien familial solide et un usage non problématique. Un usage problématique est plus souvent présent chez des adolescents qui disent ne pas se sentir soutenus par leurs proches ou ne pas avoir une bonne communication en famille. «Un point important pour les parents est de s’intéresser à ce que leurs enfants font sur les réseaux et d’avoir une idée de ce qu’ils voient, de ce qui les intéresse ou encore des personnes avec qui ils parlent. Plutôt que de leur reprocher de passer trop de temps sur leur smartphone, il vaut mieux instaurer des règles générales – par exemple, ne pas utiliser son appareil lors des repas pris en commun – qui seront également respectées par les parents. Et profiter de ces moments pour discuter de ce qui a été vu ou vécu en ligne.»
4. Effets sur la santé psychique
Les plateformes peuvent contribuer à l’anxiété et à l’isolement, mais également encourager les jeunes à chercher de l’aide.
4.1 Effets positifs sur la santé mentale
Les plateformes contribuent à rendre mieux connues les maladies psychiques, par exemple lorsque des gens proches ou des personnalités en parlent publiquement. Cela contribue à réduire la stigmatisation qui les accompagne, et à encourager des jeunes à chercher de l’aide[R5 p7]. Des associations utilisent les plateformes pour délivrer des informations et des messages de prévention et faciliter l’accès à des soutiens psychologiques ou médicaux[R5 p8].
De manière générale, la santé mentale peut bénéficier des effets sociaux positifs relevés plus haut: maintien des relations, sentiment d’appartenance à des groupes, possibilité de sortir de l’isolement, ou encore partage de ses expériences.
4.2 Effets négatifs
Comme les médias traditionnels, les réseaux peuvent contribuer à des troubles de l’image corporelle, notamment l’insatisfaction ressentie par rapport à son corps. Celle-ci est davantage marquée chez les jeunes qui disent se comparer avec les autres sur les plateformes ou utiliser des filtres et des outils de retouche d’images[R1 p228]. Les études ont relevé une corrélation avec la durée d’utilisation: l’effet est plus marqué chez les filles passant plus de deux heures par jour sur les réseaux[R1 p228].
Les recherches ont relevé des associations entre la durée d’utilisation des plateformes et une faible estime de soi ou des symptômes dépressifs. Les filles passant de 3 à 5 heures par jour sur les réseaux montraient 26% plus de symptômes dépressifs que celles y passant de 1 à 3 heures, et 50% de plus au-delà de 5 heures quotidiennes[R1 p213]. Mais il reste difficile de démêler les relations causales, le fait de passer de nombreuses heures sur les réseaux pouvant être une conséquence d’un mal-être psychique. D’autres études n’ont pas observé une hausse des symptômes dépressifs chez les jeunes qui augmentent leur temps d’écran[R1 p181].
Les études suggèrent que l’usage passif (scrolling) peut être davantage associé à l’humeur dépressive qu’un usage actif (poster, interagir). Le fait de discuter de manière répétée d’émotions négatives (corumination) représente un autre risque. Le cyberharcèlement augmente lui aussi les risques psychiques.
Des études menées par exemple sur Tiktok ont montré que les jeunes disant s’intéresser à la santé mentale se voyaient très rapidement proposer par les algorithmes des contenus nocifs tels que la glorification du suicide ou de l’automutilation[R1 p252].
L’utilisation des plateformes peut contribuer à de l’anxiété, par exemple la crainte de ne pas être au courant («fear of missing out»), mais les études n’ont pas pu établir de relation claire.
Des enquêtes montrent que la moitié des jeunes disent qu’il leur serait «difficile de se passer des réseaux sociaux» alors qu’un tiers des filles de 11 à 15 ans se décrit «addicte»[R1 p79]. Les spécialistes ne parlent pas volontiers «d’addiction» mais plutôt d’un «usage problématique». Celui-ci est caractérisé par une perte de contrôle (la difficulté de réduire le temps passé sur une plateforme), l’obsession (le fait de penser aux réseaux alors qu’on est déconnecté), des répercussions négatives sur la vie au quotidien (sommeil, études ou travail, relations sociales et familiales, etc.), le sevrage (irritabilité ou anxiété) lorsqu’on ne peut pas être sur un réseau, ou encore l’escapisme (le recours aux plateformes pour soulager une détresse physiologique).
5. Effets sur la santé physique
Les réseaux peuvent encourager un mode de vie sain, ou propager des informations peu fiables et des messages douteux.
5.1 Aspects positifs sur la santé
Les réseaux sociaux peuvent servir de vecteurs d’information sur la santé (deux tiers des jeunes disent qu’ils les considèrent comme une bonne source d’information[R1 p46]). Ils peuvent favoriser la diffusion de messages de prévention: des études ont par exemple montré un petit effet positif sur des thèmes tels que la nutrition ou les maladies sexuellement transmissibles[R2 p112].
En principe, les réseaux sociaux peuvent motiver les jeunes à pratiquer davantage de sport et les soutenir dans l’apprentissage d’une nouvelle activité à l’aide de conseils et de vidéos explicatives. Cependant, les spécialistes n’ont que peu étudié cette question, et relèvent également les risques d’effets négatifs sur l’estime de soi (tendance à se comparer)[R1 p300].
5.2 Aspects négatifs
Les réseaux véhiculent de la désinformation médicale[R5 p7] (remèdes miracles, suppléments alimentaires, critiques infondées de traitements éprouvés) et peuvent inciter des jeunes à se détourner de traitements ou de programmes de prévention efficaces.
L’insatisfaction ressentie par rapport à son corps peut mener à des troubles alimentaires ou à de l’automutilation, notamment chez les jeunes déjà en détresse qui trouvent en ligne des contenus les encourageant à poursuivre dans cette voie[R4 p55].
L’utilisation des réseaux sociaux le soir et la nuit peut clairement nuire au sommeil. La lumière bleue de l’écran contribue à dérégler le rythme circadien en retardant la sécrétion de mélatonine, alors que les stimulations émotionnelles et cognitives avant de se coucher perturbent l’endormissement. Certaines personnes sont dérangées par des notifications ou se réveillent plus tôt pour vérifier leur téléphone[R2 p108]. Un mauvais sommeil chronique peut ensuite contribuer à des troubles métaboliques ou de santé mentale[R1 p18] ainsi qu’à des difficultés scolaires.
Les troubles musculosquelettiques (des problèmes musculaires et articulaires localisés principalement dans le dos ou les bras) sont en augmentation. Ils sont désormais présents chez près d’un tiers des personnes de 7 à 27 ans[R1 p296]. Ils sont clairement liés à un mode de vie généralement plus sédentaire, mais semblent également être associés à l’utilisation intensive d’un smartphone, notamment en ce qui concerne des douleurs à la nuque et aux épaules[R1 p237]. Il est difficile de démêler les différents facteurs, l’usage du téléphone étant également lié à une baisse d’activité physique et au manque de sommeil, susceptibles eux aussi de contribuer à de telles douleurs.
Les réseaux sociaux posent un danger bien particulier: la culture des défis, qui encourage les jeunes à effectuer et filmer une activité particulièrement dangereuse. Des exemples vont de l’ingestion de substances telles que de la lessive, du piment ou de la cannelle au fait de marcher les yeux bandés, de rouler à contre-sens ou encore de retenir sa respiration jusqu’à perdre connaissance[R1 p289].
De nombreux jeunes et adultes interagissent avec leur smartphone – que ce soit pour accéder à des plateformes de réseaux sociaux ou pour échanger des messages ou consulter des news – lorsqu’ils marchent dans la rue. Ce phénomène de «smombie» pourrait doubler, voire quadrupler les risques d’accidents[R1 p298]. Une attention réduite s’observe également dans le cas de la conduite automobile, mais concerne davantage l’échange de messages que le fait d’être actif sur un réseau social.
Les réseaux peuvent exposer les jeunes à des images positives de produits nocifs (alcool, tabac, drogues, etc.) et faciliter l’accès à des produits illégaux.
Si le temps passé en ligne se fait au détriment d’autres activités (comme l’imagine l’hypothèse du remplacement), on peut craindre une diminution des activités physiques et ainsi une dégradation de l’état de santé général.
6. Une question complexe à analyser
La question abordée dans cet article – «Quels sont les effets de l’utilisation des réseaux sociaux sur les jeunes?» – est difficile à aborder de manière exhaustive sur le plan scientifique et soulève des questions épistémologiques délicates. Il est important de bien définir de quoi on parle et être conscient des difficultés méthodologiques à démontrer de manière rigoureuse l’existence d’un effet et à le quantifier. Nous décrivons également comme les scientifiques procèdent pour aborder un tel sujet.
6.1 Les aspects cachés de la question
La formulation de la question soulève des questions importantes que nous détaillons ci-dessous.
- «Réseaux sociaux»: de quelles plateformes parle-t-on?
LinkedIn, X, Snapchat: «les» réseaux sociaux sont en fait aussi variés que «la» littérature ou «le» sport. Ils diffèrent fortement suivant les objectifs de la plateforme (divertissement, publicité, monétisation, communication, entraide, etc.), l’origine des contenus (institutionnels, privés, influenceurs, etc.), les algorithmes sélectionnant les contenus (provenant de son réseau proche ou de comptes externes), la publicité, les mécanismes d’engagement (défilement sans fin, likes, commentaires, notifications) ou encore les degrés de visibilité (ouvert, semi-ouvert, privé) et d’anonymat. Ces différences changent profondément la nature des risques et des bénéfices potentiels pour les usagers et notamment les jeunes.
Un réseau professionnel tel que LinkedIn n’a pratiquement aucun contenu polarisant, choquant ou agressif, au contraire d’une plateforme de microblogging telle que X. WhatsApp s’utilise principalement dans un cercle de connaissances relativement proches alors que Telegram propose des groupes d’intérêt plus larges et aux intentions parfois nébuleuses. Les vidéos trouvées sur TikTok, Instagram et YouTube Shorts peuvent se ressembler mais ont des contextes – par exemple, le ton et le genre des commentaires – différents. D’autres réseaux se focalisent sur un domaine précis, comme Strava pour les activités sportives, GameTree pour les jeux en ligne ou encore Chess.com pour les échecs.
- «Utilisation»: que fait la personne sur la plateforme?
Les effets potentiels sont intrinsèquement liés aux usages qu’on fait des réseaux sociaux, qui connaissent une variété importante. Certains consomment uniquement des contenus, d’autres y réagissent avec des commentaires ou des partages, alors que d’autres sont actifs en postant régulièrement – de manière anonyme ou sous leur nom. Certains passent vingt minutes par jour sur les plateformes, d’autres six heures d’affilée. On peut parler autour de soi de son activité en ligne, ou la garder secrète.
- «Effets»: quels impacts veut-on analyser et comment les chiffrer?
L’usage des réseaux sociaux a des effets multidimensionnels et très variés: sur la santé mentale et physique, sur la sociabilisation et sur la vie en famille, sur l’apprentissage et sur la motivation, sur l’estime de soi ou encore sur la pratique de hobbies et de sport. Une étude ne peut qu’aborder un nombre limité d’aspects.
Les quantifier pose des questions méthodologiques importantes. La santé mentale est-elle évaluée selon des critères externes (hospitalisation, suivi médical, médicaments) ou à partir de l’avis exprimé par la personne elle-même? Comment distinguer les effets sur la santé physique dus au temps passé sur les réseaux sociaux de ceux liés à l’utilisation générale d’un téléphone portable, ou – encore plus généralement – d’un appareil numérique?
- «Les jeunes»: qui sont les personnes impactées?
La même activité sur le même réseau social n’aura pas les mêmes effets sur différentes personnes, selon notamment leur genre, leur état de santé physique et mental, leur milieu socio-économique, leurs résultats scolaires ou encore le soutien familial.
Une étude scientifique ne peut se faire qu’avec un groupe restreint de personnes, et généraliser des résultats comporte des risques de biais importants. Peut-on transposer les résultats d’une étude réalisée aux Etats-Unis à des jeunes en Europe? Quelle est l’influence de leur âge, de leur milieu économique, de leur niveau d’éducation, de leur environnement de vie? Comment distinguer les effets des réseaux de ceux liés aux différences de santé mentale et physique, de socialisation et de soutien de la famille? Les scientifiques disposent de méthodes statistiques pour tenir compte de ces facteurs, mais elles ont des limites.
6.2 Les limites de ce que peut démontrer la science
Les scientifiques ont mené un nombre très important de recherches sur le bien-être des jeunes et sur leurs habitudes en ligne, ainsi que sur les interactions entre ces deux aspects. La littérature scientifique a relevé de nombreuses associations entre un usage intensif des réseaux et différents aspects de la santé mentale et de la vie sociale. Il reste néanmoins très difficile d’établir des relations de causalité de manière rigoureuse.
Il est important de souligner la distinction entre absence de preuve et preuve de l’absence. Le fait que les recherches n’ont pas pu mettre en évidence un certain effet ne signifie pas qu’elles ont démontré que l’effet n’existe pas. Un tel résultat peut être dû à l’absence de l’effet, ou simplement être la conséquence de difficultés méthodologiques.
Dans le cas des réseaux sociaux, de nombreuses personnes – privées ou professionnelles – ont fait leur propre expérience. Par exemple, le personnel enseignant rapporte souvent avoir observé une augmentation marquante des interactions entre élèves durant les pauses suite à une interdiction générale des smartphones à l’école, alors même que les études prendront des années à étudier un tel effet avant de pouvoir le quantifier et éventuellement le démontrer.
En bref, l’apport de la science est essentiel pour mieux appréhender ces phénomènes, mais ne peut pas en livrer une vision complète et globale.
Et la question s’il faut, basé sur les connaissances scientifiques sur le sujet, interdire les médias sociaux ou non, est une autre chose, qui devra être décidée par la politique et non par la science.
En ce qui concerne les problèmes juridiques d’une telle interdiction, nous avions parlé au Prof Marc Cole de l‘Université du Luxembourg :
Les différents types d’études scientifiques sur les réseaux sociaux
Les connaissances scientifiques rapportées dans cet article résument les résultats de différents types de recherches.
- Les études transversales observent ou analysent un groupe de gens à un moment donné. Elles peuvent révéler une corrélation entre un certain usage des réseaux et certaines caractéristiques (comme les résultats scolaires ou des problèmes de sommeil), mais sans pouvoir établir de causalité.
- Les études longitudinales suivent les mêmes personnes pendant un certain temps, souvent plusieurs années. Elles peuvent déterminer des associations temporelles: le fait qu’un changement dans l’usage des réseaux précède une évolution des caractéristiques observées suggère qu’il a joué un rôle, mais ne peut démontrer celui-ci directement. Une difficulté méthodologique importante est que les réseaux et leur utilisation évoluent rapidement (comme lorsque les jeunes ont rapidement délaissé Facebook), relève Carolina Catunda. «Cela peut exiger un changement des points de mesure au cours de l’étude, ce qui représente un problème du point de vue méthodologique.»
- Les études d’intervention modifient volontairement l’usage des réseaux chez un groupe et le comparent avec un groupe témoin. Elles peuvent établir des causalités.
- Les études en laboratoire demandent à des participants d’utiliser les réseaux ou les exposent à certains contenus avant de mesurer certaines caractéristiques, comme des paramètres de santé ou des scores de concentration. Elles peuvent établir des effets causaux, mais valables uniquement dans une situation artificielle et fondés sur des mesures indirectes.
- Les études qualitatives reposent sur des entretiens pour comprendre les expériences vécues mais sans pouvoir les traiter de manière quantitative.
- Les revues de la littérature et les revues systématiques regroupent, évaluent et résument des études déjà existantes, mais se heurtent à la difficulté présentée par l’hétérogénéité des études.
Les recherches suivent différentes approches pour obtenir les données.
- Les données autodéclarées (comme le temps passé sur une plateforme, la qualité de son sommeil, ou des pensées suicidaires) sont communiquées par les participants. Elles souffrent d’une fiabilité très variable.
- Les données administratives comprennent les résultats scolaires ou des diagnostics établis par des professionnels de santé. Elles ne sont disponibles que pour certains domaines de la thématique.
- Les données automatiques sont générées par des apps installées sur les smartphones ou livrées de manière anonymisée par les plateformes.
7. Références
R1 - Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents, Avis de l’ANSES et rapport d’expertise collective, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l'environnement et du travail (2025)
R2 - Social Media and Adolescent Health, Consensus Study Report, National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine (2024)
R3 - Review: Social media use and adolescent mental health – an umbrella review and power analysis, Katrine B. Tølbøll, Child and Adolescent Mental Health (2026)
R4 - How’s Life for Children in the Digital Age?, OECD (2025)
R5 - Social Media Use and adolescents’ mental health and well-being: An umbrella review, A. Sala et al., Computers in Human Behavior Reports (2024)
R6 - Effects of Social Media Use on Youth and Adolescent Mental Health: A Scoping Review of Reviews, N. Agyapong-Opoku et al., Behavioral Sciences (2025)
R7 - An umbrella review of the benefits and risks associated with youths’ interactions with electronic screens, T. Sanders et al., Nature Human Behaviour (2024)