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Les personnes allergiques au pollen dépendent souvent de médicaments.

Yeux rouges, démangeaisons cutanées, nez qui coule, éternuements et toux aiguë, mais aussi fatigue, apathie et fièvre légère : les symptômes d’une allergie au pollen varient d’un patient à l’autre et dépendent de nombreux facteurs. Au Luxembourg Institute of Health (LIH), des chercheurs étudient les causes et les contextes du rhume des foins et d’autres allergies. Markus Ollert, directeur du Département des maladies infectieuses et immunitaires au LIH, dirige l’un des groupes de recherche et coordonne la recherche sur les allergies au Luxembourg conjointement avec le service national d’Immuno-Allergologie du CHL.

Markus, l’année vient à peine de commencer, et déjà on observe les premiers cas. La saison pollinique commence-t-elle plus tôt chaque année ?

Le pollen d’aulne et de noisetier a un allergène principal très proche du pollen de bouleau. Il y a quelques années encore, la fleur de noisetier apparaissait au plus tôt à la mi-février, et la plupart du temps fin février seulement. Puis venait ensuite l’aulne. Aujourd’hui, il peut arriver qu’il fasse si chaud que la floraison commence à la fin de l’année, voire avant Noël, ce qui déclenche déjà les premiers symptômes. Une personne allergique au pollen des arbres peut donc, dans le pire des cas, souffrir de la mi-décembre à la mi-avril.

À l’inverse, le changement climatique peut-il aussi réduire les autres allergies aux pollens ?

En gros, plus il fait chaud, plus la production de pollen s’étale dans le temps. Cela ne signifie pas qu’on va en souffrir pendant tout ce temps, mais régulièrement, et sur une longue période. Il faut aussi savoir que le pollen de noisetier est plus agressif que le pollen d’aulne et que la première crise aigüe d’allergie au pollen d’arbre est généralement déclenchée par le pollen de noisetier, alors que les crises s’atténuent lorsqu’arrive le tour de l’aulne. Puis, lorsque le pollen de bouleau se disperse, on observe une forte réaction. Pour les personnes qui souffrent des floraisons précoces, c’est un schéma classique, qui peut cependant varier d’une année à l’autre en fonction de la météo.

Ici, au LIH, nous concentrons nos efforts sur l’étude des allergies et nous avons élargi le spectre de nos recherches dans le domaine du diagnostic, puisque nous examinons également les molécules allergènes qui en sont responsables. Aujourd’hui, les méthodes sont si sophistiquées qu’avec une approche moléculaire, il est maintenant possible de diagnostiquer très clairement chaque allergie et, pour ainsi dire, de créer l’« empreinte allergique » de chaque patient.

Un test cutané ne suffit donc pas ?

On peut toujours le faire comme premier test ou pour confirmation. Mais si on veut vraiment savoir ce que le patient a, il existe aujourd’hui des méthodes beaucoup plus efficaces et précises. Dans ce domaine, le diagnostic a énormément progressé ces dernières années.

Le test cutané est une méthode pour tester l'allergie. Mais il existe des méthodes plus efficaces et plus précises

Y a-t-il des médicaments qui suppriment l’allergie, ou les médicaments agissent-ils seulement sur les symptômes ?

Pour l’instant, pour un rhume des foins léger à modéré, le médecin prescrit un traitement symptomatique sous forme de sprays médicamenteux ou de comprimés antihistaminiques. Ce n’est que dans les cas graves et résistants aux traitements qu’une immunothérapie spécifique aux allergies, également connue sous le nom d’hyposensibilisation, est prescrite. Malheureusement, cette forme de traitement ne guérit pas de l’allergie au pollen, elle soulage uniquement les patients.

Mais pour l’allergie au venin d’insecte, par exemple, nous avons déjà une immunothérapie bien plus efficace. En inoculant le poison pendant plusieurs années à des patients, nous pouvons réellement les débarrasser de cette allergie – cela fonctionne sur 90 % des personnes traitées. Mais contre l’allergie au pollen, l’immunothérapie permet rarement de guérir complètement les patients, c’est-à-dire de faire disparaître tous les symptômes. Pour la plupart, nous n’obtenons qu’une atténuation des symptômes, mais cela améliore déjà considérablement la qualité de vie des personnes touchées.

Et combien de temps dure cette amélioration des symptômes ?

Cela varie d’un patient à l’autre. Nous ne savons pas à l’avance dans quelle mesure chacun réagira. Malheureusement, nous n’avons pas encore de marqueurs de prédiction fiables, par exemple dans un prélèvement sanguin, qui pourraient nous avancer sur cette question importante. Pour certains, l’immunothérapie est très bénéfique, pour d’autres elle ne l’est malheureusement que très peu. Et pour ces derniers, les antihistaminiques ou les sprays antiallergiques restent de rigueur.

Contrairement aux vaccinations, où nous savons quand un rappel s’impose, nous ne disposons pas encore de valeurs claires pour l’immunothérapie. Parce que nous ne comprenons pas encore bien les mécanismes immunitaires qui protègent contre les allergies. Si nous faisons une percée dans la recherche, nous serons probablement en mesure de guérir toutes les allergies à un moment donné et donc aussi l’allergie au pollen. Et si nous avançons encore dans la compréhension du phénomène, nous pourrons également empêcher la survenue des allergies par une prévention efficace.

Il y aura donc des vaccins contre les allergies au pollen dans un avenir proche ?

En fait, nous avons tiré les premiers enseignements d’une étude où nous avons immunisé des souris contre un allergène très agressif, le principal allergène des poils de chat. Le principe peut être appliqué à tout autre allergène. Pour une vaccination, il faut aborder le système immunitaire à un moment où il n’est pas encore exposé à cette substance ou à un pathogène. C’est pourquoi on vaccine les enfants très tôt. Le mécanisme doit donc être le même que pour les maladies infectieuses. Je pense que la recherche aura beaucoup progressé dans cette direction dans les dix prochaines années. Mais ce domaine de recherche n’en est encore qu’à ses débuts.

Les allergies augmentent-elles globalement ?

Oui. Nous sommes en train de traiter les données d’une cohorte transversale de 1500 personnes de 18 à 64 ans au Luxembourg. Nous avons analysé les données collectées lors d’entretiens avec ces personnes et nous obtenons une fréquence d’allergie générale dans le pays d’environ 40 %. C’est énorme, cela prend même les allures d’une épidémie moderne.

À quoi cela tient-il ?

Nous considérons les allergies comme des maladies qui reposent sur deux défauts : tout d’abord, une défaillance dans la protection assurée par nos barrières extérieures : la peau, les intestins ou les voies respiratoires par exemple ; deuxièmement, une immunodéficience qui augmente la probabilité de réactions allergiques. Si je fais une allergie au venin d’un insecte, par exemple, la barrière sera brisée par la piqûre. Avec les allergies classiques comme le rhume des foins, il doit y avoir une défaillance ailleurs. Et nous savons maintenant que la barrière de la muqueuse du nez et des voies respiratoires est perturbée.

Les chercheurs ont découvert il y a de nombreuses années qu’un défaut génétique dans la barrière cutanée fait que la peau laisse échapper plus d’eau et entrer plus de substances de l’extérieur. Et ces patients souffrent souvent de la forme la plus grave de névrodermite. Si la barrière n’est pas imperméable, les chances de développer une allergie sont beaucoup plus élevées.

Dans les cas graves et résistants aux traitements une immunothérapie spécifique aux allergies est prescrite

Les personnes qui grandissent à la campagne sont-elles donc moins vulnérables aux allergies au pollen que les citadins ?

Tout à fait. Nous disposons d’excellentes études sur ce sujet. Elles montrent que les personnes qui grandissent sur une exploitation agricole, avec une réelle proximité avec des animaux, ont un risque d’allergies beaucoup plus faible. Nous ne savons pas exactement pourquoi, mais nous savons que certains stimuli, par exemple la consommation de lait non pasteurisé ou le contact avec certaines choses pendant l’enfance ont un effet positif sur le système immunitaire. Il est incontesté et très bien documenté qu’un mode de vie traditionnel protège dans une certaine mesure des maladies et des allergies de la civilisation moderne.

Faut-il grandir dans un tel environnement, ou est-il également possible de supprimer une allergie déjà prononcée en vivant dans une ferme ?

Il y a une fenêtre temporelle dans laquelle on est réceptif à ces effets positifs. C’est relativement tôt et cela se limite aux trois premières années de la vie. En plus, cette exposition doit également avoir lieu de manière relativement constante, afin de générer et de maintenir l’effet positif. Se rendre régulièrement dans une ferme ne suffit pas.

Y a-t-il un effet d’adaptation similaire à celui de la campagne pour le pollen de bouleau ? Par exemple, est-il utile de grandir entouré de bouleaux en Scandinavie ?

Les bouleaux sont à l’origine du principal problème d’allergie en Scandinavie. Là-bas, il n’y a presque que des allergies au pollen de bouleau, et beaucoup moins d’allergies à la poussière domestique ou aux poils d’animaux. En raison des additifs que contient son pollen, le bouleau est l’une des sources d’allergies très agressives qui provoquent parfois des symptômes similaires au rhume chez les personnes qui ne sont pas allergiques. Et cela affecte encore plus les vrais allergiques. Étant moi-même allergique au pollen de bouleau, l’effet conjugué de cet allergène principal avec le pollen d’aulne et de noisette crée chez moi une grave réaction. Mais c’est surtout le pollen de bouleau qui est déterminant.

Sur toute une saison pollinique, on observe cependant une certaine adaptation. Pour de nombreux patients, les pires symptômes se manifestent au début de la saison des pollens, pour ensuite diminuer quelque peu. Malheureusement, sans bonne thérapie, ils réapparaissent l’année suivante avec la même virulence.

Que faut-il faire en premier si l’on est concerné ?

Il est important que l’allergie soit diagnostiquée tôt, idéalement dès l’enfance, pour prendre les mesures qui s’imposent. C’est notre objectif. Chez les enfants touchés, je conseillerais une hyposensibilisation précoce, étalée sur plusieurs années, et je la répéterais peut-être plus tard si elle n’a pas bien fonctionné la première fois et pour prévenir des complications graves telles que l’asthme.

Markus Ollert est directeur du Département des maladies infectieuses et immunitaires au LIH

Et pour les adultes dont les symptômes apparaissent plus tard ?

Il faut d’abord et dans tous les cas effectuer un test sanguin d’anticorps pour savoir à quels allergènes on réagit. Et si le test d’allergie et les antécédents du patient concordent, je conseille de prendre les mesures appropriées. Il s’agira donc soit d’un traitement symptomatique adapté au patient, soit d’une hyposensibilisation. Il arrive souvent que j’aie également besoin des résultats moléculaires du laboratoire afin de délimiter ensuite l’allergie avec précision. Malheureusement, dans de nombreux pays européens, les meilleurs diagnostics possibles ne sont généralement pas couverts par l’assurance maladie.

Le problème est donc sous-estimé ?

Les allergies sont une maladie qui touche particulièrement les jeunes. Et certains en souffrent parfois énormément. Dans les cinq prochaines années, nous réussirons à contenir les formes d’allergie les plus graves avec de nouveaux médicaments à un point qu’il sera possible de mener une vie normale sans restrictions majeures. Ce sera possible.

Mais notre grand objectif devrait être l’élimination de ces formes graves d’allergie. Et pour cela, il faut que la prévention moléculaire des maladies soit mieux rémunérée dans le système médical. Les allergies sont de vraies maladies qui peuvent être évitées si vous les diagnostiquez suffisamment tôt.

Interview : Uwe Hentschel

Photos : Shotshop, University of Luxembourg

Infobox

Dispersion des pollens – Les recommandations de l’allergologue :

Tout d’abord, garder un œil sur le calendrier des dispersions de pollen. C’est maintenant possible grâce à des applications très fiables. Pendant la saison pollinique, ne pas aérer son logement l’après-midi ou au crépuscule, heures où l’air contient le plus de pollen. Entreposer à l’extérieur de la chambre les vêtements portés, se laver les cheveux avant de se coucher ou au moins les rincer à l’eau.

Si vous suivez un traitement symptomatique avec des médicaments, vous devez commencer à prendre vos antihistaminiques, vos gouttes nasales ou votre spray la veille du début de la période annoncée de dispersion des pollens. L’allergologue conseille de poursuivre la méthode jusqu’au lendemain de la période de dispersion.

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