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Auparavant, c'est le médecin qui livrait son diagnostic, aujourd'hui il incombe de plus en plus souvent aux assistants numériques de le faire. Cela facilite bien des choses, mais comporte également son lot de risques.

Un canapé et un fauteuil. Le patient s'allonge sur le canapé tandis que le thérapeute s'assoit sur son fauteuil et pose des questions, écoute son patient tout en prenant des notes. C'est l'image que la plupart d'entre nous avons lorsque nous nous représentons une visite chez un psychiatre ou un psychologue. Dans la plupart des cas, cette représentation est probablement très proche de la réalité. La question est de savoir pendant combien de temps encore.

« Nous devons nous éloigner du concept qui associe automatiquement la psychothérapie à la thérapie sur canapé », déclare Claus Vögele, directeur de l'Institut de la santé et du comportement de l'Université du Luxembourg. Ce professeur et expert en psychologie clinique et en psychologie de la santé travaille actuellement, entre autres, au développement de programmes de psychothérapie basés sur Internet. Comme M. Vögele l'explique, ces nouvelles approches n'ont rien à envier à la psychothérapie classique lorsqu'il s'agit de traiter certains dysfonctionnements ou groupes de personnes. Au contraire : « en termes d'accès du moins, les thérapies sur Internet obtiennent même de meilleurs résultats que les thérapies personnelles, parce que nous atteignons potentiellement plus de monde ».

Comprendre plus précisément l'état de santé

La psychothérapie n'est qu'une des nombreuses branches du secteur de la santé dans lesquelles il est possible d'intégrer des technologies numériques, comme des applications pour ordinateurs et smartphones ou montres intelligentes. C'est précisément lors du traitement de maladies psychiques que les programmes et les données recueillies grâce à ces technologies peuvent s'avérer très utiles.

« Lorsqu'un patient se rend une fois par semaine chez un psychothérapeute, il lui raconte peut-être uniquement ce qui ne va pas », déclare M. Vögele. « Lorsque le patient note l'évolution de son humeur au fil de la journée, il remarque alors qu'il se sent parfois bien », ajoute-t-il. À l'aide des données recueillies, il peut donc appréhender plus précisément son état de santé. Et ce n'est pas tout. « Le fait de savoir que le patient va mieux à certains moments de la journée procure déjà un pouvoir thérapeutique ».

Les patients sont plus ouverts aux thérapeutes virtuels

« Le smartphone est le capteur le plus important parce que nous pouvons non seulement y saisir des informations sur notre état, mais également l'ensemble des facteurs environnementaux comme le temps ou le cadre de vie », explique Donna Spruijt-Metz du Centre de recherches économiques et sociales de l'Université de Californie du Sud. Il est ainsi possible de suivre la façon dont certains agents environnementaux influencent l'état des patients.

La professeure californienne, qui étudie entre autres aussi l'utilisation d'applications mobiles liées à la santé chez les enfants en surpoids, a récemment participé au congrès international organisé par M. Vögele sur le thème de la « santé numérique » à l'Université du Luxembourg. « Grâce aux nouvelles possibilités techniques, nous atteignons des personnes auxquelles nous n'aurions pas accès sinon », dit-elle. En outre, les recherches ont démontré que les patients s'ouvrent bien plus à des thérapeutes virtuels que lors de réelles séances thérapeutiques. De plus, en cas de problèmes, les patients peuvent être aidés bien plus rapidement dans la mesure où ils ne doivent pas attendre un prochain rendez-vous.

Ne pas oublier d'écouter les signaux que nous envoie notre propre corps

Toutefois, malgré les progrès techniques accomplis, les chercheurs mettent aussi en garde contre le fait de se fier uniquement à des appareils qui nous disent combien de pas nous devons encore faire ou quelle quantité nous pouvons encore manger. « Nous ne devons pas oublier d'écouter les signaux que nous envoie notre propre corps », souligne M. Vögele. Au final, l'interception, autrement dit la perception des informations de notre propre corps, fait partie des capacités humaines primordiales. « Ce sont elles qui nous permettent de développer des émotions ».

Christoph Thuemmler a également suivi ce concept. Ce dernier est professeur en santé électronique à l'Université Napier d'Edimbourg et a aussi participé au congrès. Tout comme Mme Spruijt-Metz, M. Thuemmler se penchait déjà sur le thème de la santé électronique alors qu'aucun terme spécifique n'existait encore pour décrire ce sujet. « Il s'agit d'une révolution dans le secteur de la santé », dit-il. « Nous devons seulement parvenir à mettre en œuvre ce concept pour de bon ».

L'aspect technique ne pose pas de problème. « Les possibilités sont désormais bien plus nombreuses que ce que nous exploitons actuellement », explique M. Thuemmler. Le véritable défi réside dans la sécurité des données. De grosses entreprises comme Google, Microsoft ou Amazon s'intéressent beaucoup à ce sujet. Hormis le cadre juridique qu'il conviendrait de créer, la question de la confiance demeure. « Enregistrer les données ne constitue plus un défi », continue M. Thuemmler. Il s'agit plutôt de savoir dans quelle mesure on souhaite confier ses propres données à Google & Co.

Auteur : Uwe Hentschel
Photo : Hasloo/Shotshop.com

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