AdobeStock/Claudio Bórquez; Université du Luxembourg/Sophie Margue

À gauche : Utilisateur dont l'accès aux réseaux sociaux est restreint sur son portable. À droite : Prof. Mark Cole de l'Université du Luxembourg

Les spécialistes sont toujours plus nombreux à s’alarmer de l’utilisation intensive des réseaux sociaux par les enfants et les jeunes. Elle les expose à des algorithmes favorisant un comportement addictif ainsi qu’à des effets négatifs potentiels sur leur santé mentale et physique, sur leur vie sociale et sur l’apprentissage. La société et la politique discutent de plus en plus de la pertinence – ou de l’importance – d’instaurer un âge minimal pour les réseaux sociaux.

L’Australie est le premier pays au monde à l’avoir fait: depuis décembre 2025, il faut avoir seize ou plus pour avoir un compte sur dix réseaux sociaux majeurs. Un nombre croissant de pays européens parlent de suivre l’exemple. En France, le Sénat a approuvé un projet de loi en mars 2026 alors que le gouvernement du Royaume-Uni vient d’annoncer l’introduction d’un interdiction en dessous de seize ans. Au Luxembourg, le premier ministre Luc Frieden a déclaré en mai 2026 que le gouvernement agira au niveau national dans le cas où « aucune solution européenne ne se dessine d'ici la fin de l'année ».

Une telle mesure soulève de nombreuses questions. De quelle protection les enfants bénéficient-ils actuellement? Des lois nationales seraient-elle incompatibles avec la législation actuelle ou future de l’UE ? Est-il possible de vérifier l’âge de manière fiable ? Et les plateformes joueront-elles le jeu ?

Nous avons parlé avec Mark Cole, professeur de droit des médias et des télécommunications à l’Université du Luxembourg et directeur scientifique de l'Institut du droit européen des médias (EMR) à Sarrebruck (Allemagne).

Mark D. Cole travaille principalement sur des questions du droit des médias européen et comparé allant du cadre légal des médias traditionnels à la régulation d’Internet, la protection des données et le droit d’auteur.

Il est professeur de droit des médias et des télécommunications à l’Université du Luxembourg, directeur scientifique de l'Institut du droit européen des médias (EMR) à Sarrebruck. Il dirige également le programme du Master en droit de l’espace, de la communication et des médias à l'Université du Luxembourg et est membre affilié du Institute of Digital Ethics (ULIDE).

Il est régulièrement sollicité comme expert pour conseiller des institutions publiques, tant au niveau européen que national. Il est membre du Centre interdisciplinaire pour la sécurité, la fiabilité et la confiance, de l'assemblée consultative de l’Autorité luxembourgeoise indépendante de l'audiovisuel et du Conseil consultatif de l’Observatoire européen de l'audiovisuel du Conseil de l'Europe.

Photo: Université du Luxembourg/Sophie Margue

Pour ceux qui n'ont pas beaucoup de temps de lire l'article, voici les points clés : 

Résumé

  • De plus en plus de pays envisagent un âge minimal pour l’accès aux réseaux sociaux.
  • L’objectif est de mieux protéger les jeunes face aux risques pour la santé, la vie sociale et l’apprentissage.
  • Des législations existent déjà, mais leur application reste souvent faible.
  • Une limite d’âge soulève des questions juridiques, techniques et pratiques.
  • Une réponse européenne harmonisée pourrait être plus cohérente que des lois nationales isolées.
  • L’exemple australien montre que les contrôles peuvent agir, mais restent faciles à contourner.

La protection des enfants actuellement en vigueur

La différence entre la loi et son application

Pour l’instant, un enfant ne peut légalement pas ouvrir un compte sur une plateforme sans l’accord de ses parents. Car le fameux Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’UE a défini en 2018 un âge minimal de seize ans pour consentir à l’exploitation de ses données (cette limite peut être abaissée jusqu’à 13 ans au niveau national par les Etats membres). En dessous, un enfant ne peut légalement ouvrir un compte, à moins d’avoir le consentement de ses parents ou de son représentant légal.

Mais la réalité du terrain est bien différente. La plupart des plateformes n’ont pas mis en œuvre de contrôle d’une demande du consentement d’un parent ou de sa véracité. Un enfant peut le plus souvent mentir simplement sur son âge (voir « Comment assurer le respect d’un âge minimal ? » plus bas).

Résultat: les plateformes comprennent un nombre important de mineurs. Au Danemark, 94% des enfants en dessous de treize ans ont des comptes sur les réseaux sociaux. Au Royaume-Uni, un tiers des jeunes entre 8 et 17 ans au Royaume-Uni utilisent un compte régulier qui serait normalement valable qu’à partir de 18 ans. Au Luxembourg, 98% des jeunes de 12 à 16 ans possèdent un smartphone, et 80% utilisent WhatsApp, 72% Snapchat, 56% TikTok et 52% Instagram, selon le rapport Bee Secure Radar 2026.

Devoir de protection

Le Règlement européen sur les services numériques (DSA, ou Digital Services Act) demande aux plateformes de protéger les mineurs de manière plus complète. Elles doivent assurer davantage la sécurité de leurs données personnelles et ne peuvent pas établir des profils à des fins de publicités ciblées.

Mais « cette loi est formulée de manière très générique », relève Mark Cole, professeur de droit des médias et des télécommunications à l’Université du Luxembourg. « Elle ne définit pas clairement certains concepts utilisés, tels que sphère privée, sécurité ou encore protection. » Elle utilise notamment « mineur » sans préciser l’âge précis, qui peut aussi bien être 18 ans que 16.

De lignes directrices publiées en 2025 précisent certaines mesures de protection: les options par défaut des plateformes doivent réduire les risques d’une utilisation addictive en désactivant des fonctions telles que l’autoplay, les notifications push ou encore les contenus éphémères. Par défaut, le profil doit être privé et visible uniquement dans le réseau de ses contacts et non pas par tout le monde. Ces guidelines ne constituent toutefois que des recommandations et ne sont pas contraignantes. En principe, les entreprises pourraient choisir de les respecter ou pas.

Ceci dit, les très grandes plateformes en ligne (définies comme ayant en moyenne plus de 45 millions d’usagers mensuels dans l’UE, voir «Les très grandes plateformes en ligne – et les autres») ont un intérêt à ne pas les ignorer, selon le chercheur: « Cela représenterait pour elles un risque juridique majeur. Car la législation instaure pour elles l’obligation d’identifier, d’évaluer et de limiter les risques d’effets négatifs sur les mineurs. La Commission européenne – qui est responsable de contrôler les très grandes plateformes – pourrait considérer que le fait d’ignorer les lignes directrices précisées dans le DSA constitue une violation de cette obligation. Elle pourrait dans un tel cas exiger de l’entreprise des engagements de conformité. »

Il faut souligner que ce devoir de diligence ne s’applique qu’aux très grandes plateformes définies par le DSA, mais pas aux autres entreprises. Celles-ci ne font pas l’objet d’une surveillance par la Commission européenne, mais par l’Etat membre de l’UE dans lesquelles elles sont établies.

La loi est-elle respectée ?

Le bilan est mitigé. D’un côté, l’âge minimum exigé par le RGPD n’est que très mal contrôlé, un mineur pouvant souvent donner simplement une fausse date de naissance lors de l’ouverture d’un compte sur un réseau social. La protection des enfants contre la pornographie n’est pour l’instant que très mal appliquée, une personne pouvant simplement mentir sur son âge pour accéder au contenu proposé en ligne.

D’un autre côté, certaines actions des autorités ont porté leur fruit, la Commission européenne pouvant notamment infliger à une entreprise une amende allant jusqu’à 6% de son chiffre d’affaires annuel mondial. Elle a engagé en 2024 une action contre Tiktok en jugeant un système de récompense comme potentiellement addictogène, ce qui a mené au retrait de l’app Tiktok Lite du marché européen. La même année, elle a entamé des procédures contre Meta (Facebook et Instagram) sur les dangers d’addiction à travers le phénomène du « rabbit hole » (des algorithmes qui entraînent les usagers à consommer toujours davantage de contenu). Ce fut en 2025 le tour des plateformes pornographiques (PornHub, Stripchat, XVideos, XNXX), en raison d’un contrôle insatisfaisant de l’âge des usagers (il suffit de prétendre avoir dix-huit ans pour y accéder).

Pour Mark Cole, « il paraît absurde que les distributeurs de contenu pornographique aient pu offrir leurs produits sans avoir mis en place de restriction fiable d’accès lié à l’âge, notamment si on se rappelle les mesures strictes qui avaient été exigées des chaînes de TV à la demande pour des contenus similaires. Ceci dit, les mesures de contrôle gagnent désormais du terrain, et la situation pourrait changer dans un avenir proche. »

Imposer une mesure concrète à une plateforme à travers une décision administrative ou juridique prend du temps, le plus souvent plusieurs années, rappelle le chercheur. Une raison est la nécessité de recueillir des preuves très solides en prévision des recours qui seront probablement déposés par les entreprises. Une autre difficulté est le caractère dématérialisé des services numériques: ceux-ci sont offert dans toute l’Europe par des plateformes qui sont nombreuses à être domiciliées en Irlande. « Il est ainsi difficile pour un Etat membre d’agir directement contre une entreprise sans passer par la Commission européenne ou l’autorité de régulation irlandaise. »

Les très grandes plateformes en ligne – et les autres

La Commission européenne assigne des responsabilités particulières aux plateformes en ligne et moteurs de recherche en ligne très grands (les VLOPs pour Very Large Online Platforms et les VLOSEs pour Very Large Online Search Engines). Elle les définit comme ayant plus de 45 millions d’usagers mensuels dans l’UE (soit environ 10% de la population).

En juin 2026, cette liste comprenait:

  • les réseaux sociaux YouTube, Facebook, Instagram, TikTok, X, Snapchat, LinkedIn, Pinterest
  • les sites de e-commerce Amazon Store, Shein, AliExpress, Temu, Zalando, Google Shopping, Booking.com
  • les sites pornographiques XVideos, Pornhub, XNXX
  • ainsi que Google Search, Google Play, Google Maps, Bing, App Store, Wikipedia, WhatsApp Channels.

De nombreuses plateformes populaires ne font pas partie de cette liste, comme Bluesky (le pendant de X), Vimeo (similaire à YouTube), Signal et Telegram (similaires à Whatsapp), Twitch ou Discord (liées notamment au gaming) ou encore Onlyfans (contenu adulte).

Qui envisage une restriction d’âge ?

Vers des limites d’âge nationales

Un nombre croissant d’Etats membres de l’UE s’intéressent à l’idée d’instaurer un âge minimal pour l’ouverture d’un compte sur les réseaux sociaux, sans vouloir attendre une éventuelle décision de l’UE (voir carte ci-dessous). Seuls 12 pays n’en ont pas encore discuté, selon le suivi du site Tech Policy. Sept pays ont entamé des premières discussions politiques. Six ont proposé une règlementation (Autriche, Danemark, Pologne, Slovénie, Espagne et Suède). La France a approuvé un projet de loi alors que les gouvernements grecs et britannique ont annoncé en avril et juin 2026 la mise en place d’un âge limite.

Cette activité politique des Etats membres a plusieurs raisons, selon Mark Cole. Certains pays tels que la Grèce considèrent que le DSA ne protège pas suffisamment, notamment des algorithmes poussant à des comportements addictifs. Le politique réagit également à un revirement marqué de la manière dont la société voit le numérique, passant d’une volonté d’encourager l’innovation et de rester compétitif à la volonté de prévenir les risques. Cette activité au niveau national est aussi une manière d’exercer une pression sur l’UE pour qu’elle instaure elle-même une limite d’âge.

Age minimal pour les réseaux sociaux: discussions politiques, propositions de lois, décisions du gouvernement ou du législatif, et règlements en vigueur. Adapté de Tracking Efforts To Restrict Or Ban Teens from Social Media Across the Globe (Tech Policy Press, 23 juin 2026)

Une limite d’âge au niveau européen ?

Le Parlement européen a adopté en novembre 2025 une résolution pour adresser la protection des mineurs en ligne. Elle recommande d’harmoniser au sein de l’UE à seize ans l’âge minimal nécessaire pour ouvrir un compte sur les réseaux sociaux sans accord parental (les Etats membres peuvent actuellement l’abaisser jusqu’à treize ans). Elle garde la possibilité d’un accord parental pour ouvrir un compte en dessous, mais seulement entre 13 et 15 ans (une telle règle uniforme n’existe actuellement pas). Elle inclut également les compagnons d’IA pouvant présenter un risque pour les mineurs sur leur santé mentale, d’une distorsion de la réalité ou encore de manipulation commerciale.

Cette résolution diffère ainsi un peu de la législation actuellement en vigueur, notamment en mettant l’accent sur des restrictions d’accès et la protection plutôt que sur le consentement pour le traitement de ses données privées.

Mais un point important: elle ne constitue qu’une recommandation politique et pas une loi. « Il faudrait compter au grand minimum au moins un an et demi avant qu’une nouvelle loi soit approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’UE, sans compter le temps jusqu’à son entrée en force », rappelle Mark Cole. Au vu de la pression exercée par les Etats membres, l’UE pourrait décider d’accélérer le rythme en adaptant des règlements ou directives déjà existantes, un processus plus rapide, selon le chercheur.

Glossaire: la portée des législations européennes

  • Les prises de position non contraignantes comprennent les résolutions et recommandations. Exemples: la résolution sur la protection des mineurs en ligne ou la recommandation sur les câbles sous-marins.
  • Un règlement est une loi qui est directement applicable dans tous les pays de l’UE. Exemple: le Règlement général sur la protection des données ou RGPD
  • Une directive détermine un objectif à atteindre en laissant les Etats membres la manière de l’atteindre, et doit donc être transposée dans les 27 droits nationaux. Exemple: la Directive sur le travail de plateforme.
  • Une décision applique le droit et ne s’adresse qu’à un destinataire précis, comme un pays ou une entreprise. Exemple: la décision d’infliger une amende de 2,9 milliards d’euros à Google sur l’abus des technologies publicitaires.
  • En anglais, un «act» est utilisé par la Commission européenne pour des pièces législatives majeures, notamment dans le domaine du numérique. Il peut se référer à un règlement ou une directive. Exemples: l’AI Act est un règlement sur l’IA, le DSA est un règlement qui visa à créer un environnement en ligne plus sûr, et le Digital Fairness Act pourrait prendre la forme d’un règlement ou d’une directive.

Pour aller plus vite, l’UE pourrait adapter le Digital Fairness Act (DFA), qui est en cours de préparation et devrait être présenté en fin 2026. Il veut renforcer la protection des consommateurs dans l’espace numérique en adressant les déséquilibres de pouvoir entre les plateformes et les usagers, comme les designs addictifs (fil sans fin, notifications), les publicités cachées passant par les influenceurs ou encore la monétisation dans les jeux vidéo. L’UE aurait la possibilité d’y inclure des règles imposant des limites d’âge dans le but de protéger les usagers les plus vulnérables, dont les mineurs, selon Mark Cole.

Il serait également possible de profiter de la révision de la Directive sur les services de médias audiovisuels (SMA) pour introduire des exigences de vérification d’âge plus strictes. Elle concerne les plateformes sur lesquelles circulent des vidéos telles que Youtube, Tiktok, Facebook, Instagram, Reddit, Tumblr mais aussi X. Cette dernière avait contesté sa classification comme plateforme de partage de vidéos par le régulateur irlandais, mais sans succès. La directive leur impose de protéger les mineurs de contenus nuisibles tels que la pornographie ou la violence, et donc indirectement d’avoir un moyen de contrôler l’âge des usagers.

Mark Cole souligne que cette directive contient déjà des règles pour la protection des mineurs, y compris la possibilité d’une vérification de l’âge. « Elle ne s’applique néanmoins qu’aux plateformes de partage de vidéos et donc pas forcément à tous les types de réseaux sociaux. De plus, elle se focalise sur les contenus diffusés plutôt que sur les risques structurels tels que les designs addictifs ou les risques sur la santé mentale. Ces aspects pourraient toutefois être inclus dans la législation. »

Les lois nationales seraient-elles en confit avec le droit européen?

Comme toute nouvelle loi passée par un Etat membre, une régulation nationale sur un âge minimal se doit d’être compatible avec le droit européen. Un porte-parole de l’UE avait déclaré en février 2026 qu’il était «exclu» qu’un pays impose des mesures supplémentaires, la question relevant du DSA.

Cette question est âprement débattue entre spécialistes juridiques. L’expert Stephan Dreyer de l’Institut Leibniz pour la recherche sur les médias estime qu’il y a des difficultés: le DSA constitue une règlement européen harmonisé et ne contient pas de clause permettant aux Etats membre de l’adapter ou de la compléter. Il empêche ainsi des lois nationales de s’adresser aux mêmes destinataires (les plateformes) en poursuivant les mêmes objectifs. Pour lui, une loi nationale pourrait contourner cette limitation si elle devait concerner les parents ou les enfants plutôt que les entreprises.

Pour Mark Cole, la situation n’est pas du tout entièrement fermée, notamment parce que le DSA n’explicite pas de manière précise les risques. Une loi nationale peut de plus poursuivre un objectif différent, tel que celui de la santé publique. « On peut prendre l’exemple de l’alcool: l’objectif des lois interdisant de manière générique la vente d’alcool en dessous d’un certain âge n’est pas de réglementer les magasins ou les bars, mais de protéger la santé des mineurs. Elle a néanmoins une implication indirecte pour ceux qui vendent ou servent de l’alcool: celle de s’assurer qu’il n’est pas mis à disposition des enfants. »

Cette complexité juridique s’accompagne de litiges légaux. Des sites pornographiques ont, par exemple, contesté des dispositions prises par la France, mais sans succès.

Comment assurer le respect d’un âge minimal ?

Une fois les questions juridiques d’un âge minimal réglées et l’entrée en vigueur de la loi se pose la question de sa mise en œuvre et de son respect.

Il faut d’une part éviter que des mineurs en dessous de l’âge limite ne puissent ouvrir un compte, d’autre part fermer les comptes des usagers n’ayant pas l’âge légal, deux aspects qui présentent certaines différences.

Comment vérifier l’âge des internautes ?

Plusieurs méthodes sont possibles pour contrôler l’âge d’une personne désirant rejoindre un réseau social ou garder un compte existant.

  • Les plateformes peuvent simplement exiger que la personne déclare avoir l’âge légal, sans procéder à une vérification. C’est une approche évidemment peu fiable mais suivie actuellement par 88% des 517 sites utilisés par des enfants qui exigent un âge minimal, selon l’étude Sweep de 2026. C’est aussi la méthode employée par les plus grands sites pornographiques tels que XVideos et YouPorn.
  • Elles peuvent contrôler la date de naissance sur un document officiel tel qu’une carte d’identité. Cette méthode peut exclure les jeunes qui n’en possèdent pas, peut compromettre l’anonymat désiré sur certains sites, et présente un risque important pour la vie privée en cas de piratage des bases de données stockant ces documents. Elle peut bien entendu être détournée en utilisant un document emprunté ou en le modifiant de manière numérique.
  • Une analyse du visage est possible, mais ne livre qu’une estimation relativement grossière. Elle peut suffire pour procéder à un premier tri entre les gens manifestement assez âgés à qui donner accès, les personnes très jeunes à qui la refuser, et les autres pour qui une vérification plus poussée serait nécessaire. L’avantage est une accessibilité facilitée pour les adultes. Les inconvénients comprennent des craintes pour des données biométriques sensibles.
  • Il est possible d’estimer l’âge d’usagers déjà existant en analysant leur comportement sur la plateforme : chercher des informations sur un sujet scolaire ou avoir de nombreuses connexions peu âgées suggère une jeune personne, alors que s’intéresser à la fiscalité suggère un individu adulte. Cette approche soulève la crainte d’accumuler encore davantage d’information sur des utilisateurs – la loi européenne interdit d’ailleurs d’établir à des fins publicitaires des profils de personnes mineures dans le but de cibler des publicités.
  • Une identité numérique (e-id) pourrait offrir la méthode la plus sûre en s’appuyant sur des protocoles cryptographiques qui transmettent à la plateforme uniquement l’information si l’âge d’un individu est au-dessus ou en dessous de la limite, mais pas son nom et ni sa date de naissance (au contraire d’une carte d’identité physique). L’Union européenne a lancé en 2024 le développement d’un portefeuille d’identité numérique appelé EUDI Wallet. Mais la population montre une certaine réticence: seules 29% des personnes interrogées déclaraient dans un sondage publié en 2026 qu’elles adopteraient l’EUDI.
  • Les plateformes peuvent déléguer cette vérification à une entreprise tierce, ce qui permettrait de découpler les informations liées à la vérification de l’âge des activités menées sur un réseau social ou un site internet, et assurer ainsi une meilleure sécurité des données. Une autre possibilité serait de déplacer la question de l’âge vers l’app store ou le smartphone lui-même, qui nécessiterait néanmoins un dispositif pour contrôler l’usage des navigateurs internet qu’un mineur pourrait utiliser sur un ordinateur.

Les restrictions sont-elles respectées et les contrôles fonctionnent-ils ?

C’est la grande question, et elle est âprement débattue.

Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience faite par l’Australie, qui a instauré fin 2025 une restriction d’âge pour les réseaux sociaux?

La loi australienne

Une nouvelle loi a instauré en Australie un âge minimal de 16 ans pour avoir un compte sur certaines plateformes de réseaux sociaux et a donné à ces dernières la responsabilité de s’en assurer. Les mineurs et leurs parents ne peuvent pas être poursuivis par la justice.

Elle est entrée en force le 10 décembre 2025, soit un peu plus d’an après son adoption par le parlement. Cette période de transition a pu être utilisée par les entreprises pour mettre en place un système de vérification.

Cette législation concerne dix plateformes ayant un grand nombre d’utilisateurs et des fonctionnalités telles que les likes ou un défilement continu: YouTube, Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat, Reddit, X, Threads, Twitch et Kick, mais pas Whatsapp, YouTubeKids ou Pinterest. D’autres réseaux ont notifié de manière volontaire le gouvernement qu’elles se considèrent comme concernées par la loi, tels que Bluesky, Tinder ou Roblox.

La loi australienne ne précise pas les moyens utilisés pour vérifier l’âge et laisse ce choix aux entreprises. Ils comprennent l’estimation de l’âge par l’analyse du visage ou la transmission d’une carte d’identité. Vérifier l’âge d’usagers déjà présents peut se faire en analysant leur comportement sur la plateforme (comme chercher des informations sur un sujet scolaire) ou l’âge des personnes dans le réseau de l’usager. Une autorisation des parents ne peut servir à contourner la loi.

Les premières évaluations

Il est difficile de tirer des leçons claires au vu de la période restreinte depuis l’entrée en vigueur de la loi – toute étude prend du temps, depuis la définition de la méthodologie jusqu’au recueil des données et à leur analyse. Quelques travaux ont livré des premières évaluations, mais le nombre très restreint de personnes interrogées (quelques centaines) exclut toute conclusion définitive.

Les plateformes ont supprimé ou restreint des millions de comptes. Cependant, elles n’ont pas toutes amélioré leurs systèmes de vérification d’âge, selon un rapport du gouvernement australien. Certaines permettent par exemple des multiples essais, par exemple par analyse du visage. D’autres ont demandé à des usagers en dessous de seize de procéder à une vérification, au lieu de les exclure directement. Il est souvent difficile aux parents de signaler aux plateformes que leur enfant n’a pas l’âge minimal. Un rapport indique que les plateformes ont souvent attendu une intervention de l’autorité de régulation, indiquant une approche plus réactive que proactive.

Le respect de la loi par les jeunes est faible. Un sondage réalisé en février 2026 avec 600 jeunes en dessous de seize ans rapporte que 61% disent ne pas avoir changé de comportement. Une autre étude menée en avril 2026 sur 500 jeunes suggère que seul un quart des 14-15 ans respecte l’interdiction. Ils disent qu’il est facile, voire très facile de contourner les contrôles, notamment à l’aide d’un adulte (parent ou autre) ou en utilisant un VPN faisant croire qu’ils ne se trouvent pas en Australie. L’étude identifie un effet de seuil: les jeunes estiment qu’ils respecteraient l’interdiction à partir d’un moment où environ deux-tiers de leur entourage le ferait.

L’impact est varié. Une étude récente signale que les jeunes sortis des réseaux lisent bien moins de news. Une autre rapporte une baisse de la pression à regarder son smartphone et davantage de temps passé avec la famille, mais également davantage d’ennui et de difficultés à garder le contact avec ses connaissances. Un déclin du cyberbulling n’a pas été observé jusqu’à présent.

Qu’en conclure ?

L’exemple australien ne permet pas de tirer des conclusions définitives. Il est certainement possible d’améliorer l’efficacité des contrôles, mais sans pouvoir espérer éviter tout contournement de la part de jeunes. Toutefois, « cela ne représente pas d’argument définitif contre l’instauration d’une restriction d’âge, opine Mark Cole. Les lois définissant un âge minimal pour l’alcool, le tabac et les contenus pornographiques ne sont pas remis en question en raison du fait que certains – voire de nombreux – jeunes les contournent. »

« Il n’est guère surprenant que les jeunes en Australie n’acceptent pas volontiers une interdiction de plateformes qu’elles utilisent quotidiennement et qu’on soupçonne d’avoir des composantes fortement addictives, poursuit-il. Néanmoins instaurer un âge minimal vise avant tout à protéger les nouvelles générations. On peut s’attendre à ce qu’elles acceptent mieux la prohibition d’un outil qu’elles n’auront, en principe, que peu ou pas utilisé. »

Analyser l’efficacité de lois instaurant un âge minimal est un exercice difficile qui exige de démêler de nombreux aspects: la forme de la loi et qui elle concerne, les efforts déployés par les plateformes pour la mettre en œuvre, la volonté des jeunes à la respecter ou la contourner, les effets des groupes, les moyens engagés par l’Etat pour la contrôler ainsi que l’attitude des parents et de la société en général.

Un autre défi sera d’évaluer si une telle loi parvient vraiment à ses buts, à savoir protéger la jeunesse. Cela exigera d’analyser son impact sur la santé mentale et physique des jeunes, sur leur vie sociale ainsi que sur leur manière de s’informer et de participer aux discussions publiques. Il faudra démêler les nombreux facteurs – psychologiques, socioéconomiques, etc. – qui influencent ces aspects, et suivre des cohortes de personnes sur des décennies pour récolter des indices fiables. « C’est une recherche en santé publique difficile, mais elle est réalisable et nécessaire », selon Mark Cole.

Auteur : Daniel Saraga (Saraga Communications)
Éditeurs: Michèle Weber (FNR), Mark Cole (Université du Luxembourg)

 

Infobox

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Geschichte Luxemburgs Schritt für Schritt zur Unabhängigkeit: Wie Luxemburg zum Staat wurde

Seit wann ist das Großherzogtum ein richtiger Staat? Die Geschichte der Unabhängigkeit Luxemburgs erklärt uns der Historiker Prof. em. Dr. Michel Pauly im Interview.